Une croissance mondiale à 4 % mais des nuages à l'horizon, selon l'OCDE

Une croissance mondiale à 4 % mais des nuages à l'horizon, selon l'OCDE

L'Organisation de coopération et de développement économiques est optimiste pour les deux prochaines années. Mais elle identifie des menaces. Dans la zone euro, la croissance devrait s'établir à 2,1% et la France rester sous cette moyenne.

Selon la livraison de mai des Perspectives économiques de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), la croissance mondiale, après une longue période atone devrait s’établir à un rythme annuel d’environ 4% en 2018 et 2019. Cela correspond à la moyenne historique des dernières décennies.

Dans la zone OCDE, qui rassemble 35 pays principalement d’Europe et des Amériques, ainsi que le Japon et d’autres pays de la zone Asie-Pacifique, la croissance devrait rester proche de 2,5%.

Au-delà de la zone OCDE, le champion du monde devrait être l’Inde qui après une croissance déjà vigoureuse de 6,5% en 2017 devrait voir son économie croître de 7,4% et 7,5% en 2018 et 2019. Le sous-continent passera alors devant la Chine, dont la croissance, après un pic de +6,9% en 2017, devrait se tasser légèrement à 6,4% d’ici 2019. La Turquie, championne des économies émergentes en 2017 avec une progression de son produit intérieur brut (PIB) de 7,4% devrait redescendre à 5,1% et 5% les deux années suivantes.

Au sein de la zone euro, l’Irlande devrait continuer de caracoler en tête malgré un très net ralentissement des taux de croissance hallucinants observés ces dernières années (+25% en 2015 !), largement dus à des politiques fiscales très agressives provoquant de sérieux problèmes politiques sous-jacents en Europe. En 2019, la progression du PIB irlandais devrait s’établir à 2,9%. 

La croissance française qui avait atteint 2,3% en 2017 devrait passer en dessous de la moyenne de la zone euro (2,1%) pour les deux prochaines années à 1,9%, contre 2,1% pour l’Allemagne. L’organisation est surtout inquiète pour l’Italie et anticipe un petit 1,1% en 2019. Les perspectives sont à peine meilleures pour le Royaume-Uni : + 1,4%, puis 1,3% en 2018 et 2019. Ce sont les pays d’Europe centrale et orientale qui devraient le mieux tirer leur épingle du jeu, et en particulier la Pologne, les républiques tchèque et slovaque, ainsi que la Hongrie.

Le chômage quant à lui devrait atteindre son plus bas niveau depuis 1980, même s’il reste élevé dans certains pays. Compte tenu de la vitalité de la création d’emplois et de l’accentuation des pénuries de main‑d’œuvre qui en résulte, l’OCDE prévoit désormais une progression des salaires réels (calculés en tenant compte de la progression des prix) dans de nombreux pays. Mais c’est dans la zone euro qu’elle devrait être la plus faible.

Cette bonne dynamique est également le fruit d’un surcroît de dépense publique. Les trois quarts des 35 Etats membres de l’OCDE ont relâché – plus ou moins fortement – les cordons de leur Bourse, constate l’institution sise à Paris. De quoi donner à court terme un nouveau coup de pouce à la croissance. Les experts du château de la Muette, siège de l’institution, mettent toutefois en garde les pays où l’économie tourne à plein régime contre le risque qu’un tel stimuli provoque une poussée d’inflation. Une allusion à peine voilée au président américain Donald Trump qui a ouvert grand les vannes du déficit budgétaire.

En attendant, le sursaut de croissance se traduit en créations d’emplois. Au sein de l’OCDE, le taux de chômage devrait tomber à 5 % d’ici à la fin 2019. Soit « son niveau le plus faible depuis 1980 », s’est réjoui M. Pereira. Cette moyenne dissimule d’importantes disparités. Mais le phénomène pousse l’organisation à prédire une hausse des salaires dans de nombreuses économies avancées, après des années de stagnation.

Ce tableau engageant résume surtout la tendance des derniers mois. Pour l’avenir, « les risques pèsent lourd », alerte l’OCDE, qui en liste au moins trois principaux. D’abord, celui d’une escalade des tensions commerciales. Une véritable épée de Damoclès au moment où Washington menace ses partenaires de taxes sur l’acier, l’aluminium et les voitures. Mardi, les Etats-Unis ont aussi déclaré qu’ils continuaient à préparer des mesures punitives contre la Chine malgré la trêve annoncée dix jours plus tôt.

Menaces renforcées sur l’immobilier des ménages et les actions des entreprises

L’OCDE perçoit quand même à l’horizon quelques menaces sur deux classes d’actifs essentiels à l’activité économique de la plupart des pays : l’immobilier des ménages et les actions des entreprises. En effet ces dernières années, le niveau très bas des taux d’intérêt a encouragé le recours à l’emprunt ce qui dans certains pays a abouti à une surévaluation des actifs (notamment des logements et des actions). C’est en particulier le cas en Italie où les prix de l’immobilier ont baissé alors qu’ils augmentaient presque partout ailleurs en Europe.

L’OCDE note enfin que depuis 1990 la part du commerce international dans le PIB mondial a doublé, passant de 15% à 30% en 2017, ce qui justifie les craintes liées à d'éventuelles guerres commerciales. Un tassement des échanges aurait un impact négatif sur la croissance d’autant plus important. Il en va de même pour l’internationalisation des actifs et passifs financiers qui s’est multipliée par quatre au cours des 30 dernières années, accroissant l’étendue de la déflagration que provoquerait une réduction de la valeur des actifs financiers.

Autre détail intéressant, l’OCDE affirme que contrairement à ce qui avait pu être observé précédemment, cette croissance mondiale de 4% ne repose plus sur un accroissement des gains de productivité ou des évolutions structurelles, mais sur un soutien procuré par les politiques monétaires et budgétaires.

Enfin, l’envolée des cours du pétrole (presque +50% en 2017) désormais aux environs de 80 dollars le baril (Brent) représente un risque non négligeable d’inflation qui «intensifiera les tensions inflationnistes et accentuera les déséquilibres extérieurs dans nombre de pays».Une hausse du prix du pétrole qui devrait cependant se calmer, étant donné que les effets du blocus iranien s'estompent - sauf si Donald Trump met en application ses sanctions promises contre le pays à la suite du retrait de l'accord. Dans ce cas de figure, la facture pourrait être salée et les déséquilibres s'aggraver. Une croissance annoncée donc, mais pas de l'optimisme pour toutes les régions du globe pour l'OCDE. Le FMI avait, quant à lui, annoncé en avril 2018 "des nuages plus sombres" pour les années à venir. La crise en Italie et le Brexit font également partie des "risques" énumérés par M. Pereira.

Depuis Hong Kong, Christine Lagarde avait mis en garde le mois dernier contre un ralentissement de la croissance mondiale. Elle accuse principalement la montée du protectionnisme. En France la croissance a légèrement faibli au premier trimestre.

«Le tableau général est actuellement lumineux. Mais nous pouvons voir des nuages plus sombres pointer à l'horizon», avait déclaré à propos des perspectives de croissance mondiale la président du FMI dans un discours en prélude à la réunion de printemps du FMI. Les troubles sont donc loin d'être terminés, et les inégalités vont probablement encore continuer à se creuser d'ici à fin 2018.Des bonnes nouvelles donc, mais attention aux nuages qui pourront se former et affaiblir cette renaissance.