L'affaire Maddie McCann, une quête de vérité de 13 ans

L'affaire Maddie McCann, une quête de vérité de 13 ans

Nuit du jeudi 3 au vendredi 4 mai 2007, Praia Da Luz, Portugal. Un couple de médecins britanniques en vacances, Kate Marie McCann et Gerald Patrick McCann vont se rendre au restaurant avec des amis. Dans leur bungalow, les parents laissent leurs trois enfants, Sean et Amelie, deux jumeaux âgés de 2 ans, et Madeleine, surnommée « Maddie », âgée de 3 ans, endormis.

LE DÉROULEMENT D’UNE SOIRÉE DRAMATIQUE

Le restaurant de tapas se trouve à 120 mètres de leur lieu de séjour. Si bien que rendre visite à ses enfants était chose facile. De ce fait, Gerald vérifie si tout se passe bien dans le bungalow à 22h. Il ne remarque rien de spécial. Quand, à 22h30, un ami va vérifier, ce dernier verra la porte de la chambre ouverte… sauf qu’il n’ira pas jusqu’au lit de Maddie, pensant que tout allait bien en voyant les autres enfants dans leur lit. Mais, une demi-heure plus tard, vers 23h, Kate se rend au bungalow, et découvre le lit de la jeune Maddie vide, avec la fenêtre et les stores de sa chambre ouverts. Elle ne la trouve nulle part. S’en suit une demi-heure de recherche autour du bungalow, en vain. Maddie avait disparu. Vers 23h40, Gerald va contacter un de ses amis qui va alerter le gérant des bungalows, « Ocean Club ». Ce dernier décide alors de contacter la GNR, la gendarmerie portugaise, et non le numéro d’appel d’urgence européen, le 112. La GNR arrive sur place à minuit pour réaliser les premières constatations. A 0h45, la police judiciaire est informée de cette disparition inquiétante. Des gendarmes et des chiens réalisent des recherches toute la nuit pour retrouver la trace de la petite fille. La mobilisation des forces de l’ordre est sans précédent : un hélicoptère de la Protection Civile tourne sans cesse dans le ciel de Praia da Luz, la Police Maritime participe aussi aux recherches avec des canots à moteurs, un autre hélicoptère et des hommes au sol. Des véhicules tout-terrains de la Protection Civile analysent le secteur autour du barrage de Bravura, des membres de la Croix-Rouge et des pompiers volontaires réalisent des recherches à pied dans toute la zone encadrée. A 4h30, Maddie McCann n’était toujours pas retrouvée. La police portugaise et tous les aéroports ibériques sont en état d’alerte. La piste de l’enlèvement se confirme lorsque la famille Smith, famille irlandaise en vacances dans la même zone, affirme - aux policiers - avoir vu un homme tenant une fillette portant un pyjama rose, comme Maddie, vers 22h10.

L’ENQUÊTE PIÉTINE

Dès le lendemain midi, le 5 mai, le porte-parole de la Police Judiciaire portugaise affirme avoir un suspect pour cet l’enlèvement, ainsi que son portrait. Le 6 mai, la PJ portugaise déclare que Madeleine doit être en vie, et sûrement dans la zone de sa disparition. Des centaines de personnes se mettent alors à faire des recherches dans tout le lotissement, qui peut accueillir jusqu’à 1000 personnes. Cependant, le 8 mai, après 48h de recherche vaine, la police commence à être de plus en plus inquiète, et indique « ne plus être certaine quant à l’état de Madeleine McCann ». Le 9 mai, Interpol lance une « Notice Jaune » à tous ses membres pour alerter la communauté mondiale policière sur la disparition de Maddie. Au Portugal, la police judiciaire travaille sur deux axes : soit un réseau international de pédophilie, soit un enlèvement pour un réseau d’adoption illégale. Des spécialistes britanniques se rendent quelques jours après au Portugal pour aider les autorités locales, et surtout les informer de la présence de près de 130 délinquants juvéniles dans la région du Algarve, où se situe la Praia da Luz, au sud du Portugal. Ces délinquants se trouvaient dans la région les semaines avant la disparition de Maddie, avec la connaissance des autorités britanniques. Le 13 mai, la police portugaise avoue n’avoir finalement aucun suspect, et que la seule voie d’investigation afin de trouver un éventuel coupable réside dans l’analyse des photos tirées par les touristes présents sur place. Le lendemain, la Casa Liliana, propriété de Jennifer Murat, une citadine anglaise, et qui se situe non loin du bungalow des McCann, est investie par les autorités portugaises. La piscine de Murat sera vidée, et la propriété sera mise sous scellée. Trois personnes vont être interrogées par la police, dont le fils de Jennifer, Robert. Ce dernier a été déclaré suspect par une journaliste du « Sunday Mirror », Lori Campbell. Murat était au centre de l’enquête car il servait de traducteur pour les services de police, et d’interprète pour les journalistes britanniques. C’est en travaillant avec lui que Campbell a trouvé l’homme suspect. Ce dernier se défendra en indiquant que Maddie ressemblait grandement à sa fille de 4 ans, et qu’il était très ému de sa disparition. C’est pour cela qu’il s’investissait autant dans l’enquête. La police, elle, s’intéresse particulièrement à une annexe de la villa de Jennifer Murat. Quelques heures après, Robert Murat sera mis en examen, mais restera en liberté. Néanmoins, aucune trace de Maddie n’est découverte dans la propriété. Cette première inculpation reste tout de même un grand espoir pour les parents de Madeleine.

Quelques jours après, le 16 mai, nouveau rebondissement dans l’enquête lorsqu’un Russe, logeant à Praia da Luz, Sergey Malinka, devient suspect dans la disparition de la jeune fille. Malinka est un informaticien qui a créé le site de l’agence immobilière de Robert Murat. Malinka clame son innocence en ajoutant : « j’ai investi sept années de ma vie dans ce pays pour essayer de m’en sortir et en une heure tout s’est effondré ». Ce que les policiers découvrent, c’est que Malinka aurait été contacté par Murat à 23h40, le jour de la disparition de Maddie. De plus, l’alibi de Malinka ne concorderait pas avec les faits. Après quelques mois d’enquête, Malinka sera blanchi de toutes accusations. L’affaire Maddie McCann est très médiatisée en Europe : un site lancé par la famille McCann pour recueillir des informations sur la disparition de leur petite fille et des dons sera visité plus de 5 millions de fois en moins de 24h.

Après plus de dix semaines sans nouvelles informations liées à l’enquête de la part des autorités, septembre sera un nouvel épicentre de l’affaire. La police interroge les parents de la petite Maddie : ils deviennent les principaux suspects de la disparition de la jeune fille. Ils sont tous les deux accusés et soumis à un lieu de résidence. Les indices qui ont mené les enquêteurs jusqu’aux parents sont assez nombreux : ils sont suspectés d’avoir réalisé un homicide involontaire causé par une négligence ou une surdose de calmants donnés à la petite fille. De plus, plusieurs traces de fluide corporel concordant avec l’ADN de Maddie McCann ont été retrouvées dans la voiture louée par les parents une vingtaine de jours après la disparition de leur enfant. Ces traces peuvent donc prouver le transport du corps de la jeune fille par les parents. Finalement, après avoir interrogé les parents, les policiers reviennent à la case départ, n’ayant aucun suspect plus de cent jours après le début de l’Affaire Maddie. Les deux parents désirent connaître la vérité et sont totalement transparents avec les autorités, leur faisant confiance. En août, les parents critiquent tout de même le choix des autorités de défendre la thèse que Maddie soit morte, alors qu’aucun indice ne confirme cela.

DES TÉMOINS VENUS DU MONDE ENTIER

Depuis, les témoignages où la petite Maddie aurait été aperçue, affluent des quatre coins du monde : dès le 8 mai, un homme dans un supermarché de Nelas, au nord du Portugal, aurait été vu accompagné par une petite fille ressemblant à Maddie. Le 19 mai, un média portugais, « 24 horas », révèle que la police a découvert un véhicule suspect près de la Praia da Luz qui aurait été utilisé pour l’enlèvement. Le même jour, on apprend qu’une caméra de vidéo-surveillance, près de Lagos, montre une femme au côté d’une fillette, qui correspondait à la petite Maddie. Deux hommes étaient en altercation avec la suspecte. D’autres témoins dans le même quartier diront la même chose. Parmi ces témoins, un homme avait pris des photos d’une petite fille blonde, comme Maddie.

Dans le même temps, le 17 mai, un témoignage révèle avoir vu une Fiat Marea avec une plaque d’immatriculation falsifiée au centre du Portugal, d’abord à Pinhal Novo, puis à Palmela et à Setubal, qui transporterait Maddie. Cette piste ne sera pas privilégiée par les policiers, car des témoins affirment avoir vécu un évènement similaire au Maroc, en Suisse ou encore en Espagne : en effet, Marie Olli, une habitante norvégienne qui vit à Fuengirola en Espagne, a contacté la police en confirmant avoir vu la petite Maddie dans une station d’essence à Marrakech, au Maroc, le 9 mai. Selon ce témoin, la jeune fille aurait été vue « triste » et accompagnée par un homme qui avoisinerait la quarantaine. Après plusieurs mois sans nouvelles informations, une Britannique et deux Américains affirment avoir vu une fillette ressemblant à la description de la petite Maddie dans un marché de Leh, en Inde, en juillet 2011. Cette piste ne donnera rien.

L’ANGLETERRE ENQUÊTE

Les enquêtes complémentaires ne font pas avancer l’enquête. Après l’archivage de l’enquête par les autorités portugaises, ce sont les Britanniques qui reprennent les choses en main. En mai 2011, Scotland Yard ouvre une nouvelle enquête pour relancer les recherches sur Maddie, c’est l’Operation Grange, qui réunira 29 détectives et huit civils. En 2015, quatre ans après le début de l’Operation, 1338 déclarations, 1027 pièces à conviction, 650 délinquants sexuels et 60 personnes d’intérêt ont été analysés par les inspecteurs. L’examen initial de l’O. Grange penchait principalement sur la piste d’un acte criminel étranger : soit un enlèvement planifié, soit un cambriolage qui aurait mal tourné. Début 2007, les cambriolages ont été multipliés par 4 dans la zone. De plus, deux vols ont eu lieu dans le bloc des McCann, dont le dernier dix-sept jours avant la disparition de Maddie. En avril 2017, le commissaire adjoint de Scotland Yard, Mark Rowley a – implicitement – rejeté la thèse du cambriolage, tout en maintenant « qu’elle n’était pas exclue ». Quatre ans auparavant, Redwood, un autre membre de Scotland Yard, privilégie la thèse de l’enlèvement planifié, qui aurait nécessité une reconnaissance des lieux. Une thèse qui pourrait être confirmée par la présence d’individus aux alentours du bungalow 5A. Fin 2013, avec l’apparition de nouvelles preuves, la police portugaise rouvre l’enquête sur la disparition de la petite Madeleine McCann. Une nouvelle piste mène à Euclides Monteiro, un ancien employé du restaurant à tapas. Son téléphone portable avait borné non loin du lieu de la disparition ce soir-là. Entre 2004 et 2006, cet homme était entré par effraction dans quatre maisons louées par des familles britanniques pour agresser sexuellement cinq filles, âgées de 7 à 10 ans, dans leur lit. Ces agissements ont eu lieu dans la région du sud du Portugal, au Algarve. Deux de ces agressions eurent lieu à Praia da Luz. Mais cette piste ne donnera – également – rien, et Monteiro meurt dans un accident de tracteur en 2009 au Cap-Vert. En décembre 2014, Scotland Yard interroge onze personnes, dont trois Britanniques, en les abordant avec plus de 200 questions, comme « Avez-vous tué Madeleine ? » ; « Où avez-vous caché le corps ? ». Parmi les personnes interrogées se trouvent Robert Murat, son épouse et son ex-mari. Mais la piste sérieuse sera celle d’un chauffeur de bus Ocean Club, âgé de 30 ans, et ses associés, de 24 et 53 ans. Ils s’étaient téléphonés près du bungalow où la petite Maddie a été vue pour la dernière fois. S’ils ont avoué être entrés par effraction dans certains bungalows de vacanciers, ils ont nié toute implication dans la disparition de la petite Maddie.

L’ALLEMAGNE DÉVÉROUILLE L’AFFAIRE

Alors que l’affaire était au point mort, sans nouvelles preuves ni la moindre avancée, le procureur de Braunschweig, en Allemagne, ordonne l’ouverture d’une enquête concernant l’implication d’un homme de 43 ans, Christian Brückner, dans la disparition de Maddie. Cet homme aurait vécu dans un camping-car Volkswagen emprunté au Algarve, pile au moment de l’arrivée de la famille McCann. Le lendemain de la disparition de Madeleine, une Jaguar XJR6 est louée par Brückner auprès d’un nouveau propriétaire. Le procureur indique qu’il opérait l’enquête avec comme présomption que Maddie « est décédée », à cause du casier judiciaire du suspect, impliqué dans plusieurs affaires d’infractions, d’abus sexuels sur des enfants et de trafics de drogue. Brückner est incarcéré en Allemagne en ce mois de juin 2020. Le suspect a été condamné à sept ans de prison pour un viol sur un retraité de 72 ans au Algarve. Le 3 juin, les autorités allemandes lancent un appel public dans une émission criminelle diffusée sur la chaîne publique allemande ZDF, pour avoir des informations sur la disparition de Maddie. Cette émission avait déjà servi à la police en 2013, où des indices avaient été reçus par la police, mais qu’il avait fallu plusieurs années pour trouver des preuves substantielles aux fins de poursuite. Ce mois-ci, les procureurs voulaient davantage d’informations sur le numéro de téléphone du suspect et le numéro qu’il a composé le jour de la disparition de Madeleine et la personne correspondante avec qui il a parlé durant près de 30 minutes.

Nous sommes le 16 juin 2020, soit 4792 jours après le début de l’enquête sur la disparition de Madeleine McCann, et le sort de cette petite fille n’est toujours pas connu. Treize ans après, les parents de Maddie restent en quête de vérité. Une affaire qui aura marqué le monde entier, et qui n’aura toujours pas tiré sa révérence. L’enquête se poursuit. Pour enfin connaître la vérité ?