PMA pour toutes, une légalisation qui ne peut plus attendre

PMA pour toutes, une légalisation qui ne peut plus attendre

Ce 15 janvier 2019, la mission parlementaire a donné sa réponse concernant la loi bioéthique qui permettrait notamment l’ouverture de la PMA – Procréation Médicalement Assistée – aux femmes seules ou en couple homosexuel.

Cette légalisation s’était changée pour de nombreuses françaises en un rêve que peu espéraient encore voir se réaliser. La réponse, inespérée, mais surtout favorable, libère donc bien du monde de lourdes angoisses. Après tant d’années passées à l’ombre d’une discrimination ignorée, la possibilité de développer une famille pour les couples lesbiens se concrétise petit à petit.

Mais alors que dans de nombreux pays, la PMA est ouverte à toutes depuis plus de 25 ans, la France reste réfractaire à cette avancée. La Manif pour tous a resurgi dans les rues tout comme de nombreuses personnalités que l’on espérait disparues.

Aujourd’hui, la possibilité pour les couples lesbiens français de procréer est restreinte. Bien que l’adoption soit légale, elle reste difficile. Pour recourir à la PMA et donc pour enfanter, ces femmes doivent se rendre à l’étranger. Cela fut donc un grand soulagement quand le candidat Macron proposa d’ouvrir la PMA à toutes les françaises. Les avis favorables se succèdent : le comité consultatif national d’éthique, suivit dernièrement par la mission parlementaire ouvrent les bras à cette pratique médicale. Pourtant le soulagement reste partiel car les débats, initialement prévus en 2018, ne cessent d’être reportés. Les associations LGBT+ craignent un nouveau report. La révision de la loi bioéthique se tiendra dorénavant en été 2019.  

Or, ce délai, s’il concède au Président de la République d’aspirer à un débat calme et posé sur la question, permet également aux associations homophobes de s’organiser. Ces dernières, les mêmes qui s’étaient engagées il y a quelques années contre le mariage pour tous, refont surface, se mobilisent et disposent de forts moyens financiers. Leur ampleur et influence ne doivent pas être sous-estimée. En effet, soutenues par l’Église Catholique, elles répandent leur message à force de mobilisation, notamment sur les réseaux sociaux.

Bien que leur voix reste relativement étouffée depuis la légalisation du mariage homosexuel et que de nombreux progrès soient fait mondialement, le climat international actuel ne profite en aucun cas aux couples de même sexe et à l’ouverture des murs discriminatoires qui les emprisonnent depuis des décennies. Jair Bolsonaro, Président dernièrement élu du Brésil, menace chaque jour de supprimer plus de droits aux personnes LGBT+. Aujourd’hui, près des deux tiers du continent Africain criminalisent l’homosexualité. Le spectre se répand un peu partout dans le monde : Dernier exemple en date, la nouvelle vague de persécution en Tchétchénie. D’après le journal Novaya Gazeta, on compterait 40 arrestations et 2 morts. Igor Kotchekov, directeur du réseau Russe LGBT raconte : « Les personnes arrêtées sont des hommes et des femmes, on sait qu’il y a au moins deux jeunes filles. Les tortures sont encore plus dures qu'en 2017 : auparavant il s’agissait de décharges électriques, de coups de bâtons, mais maintenant c’est encore plus violent. Ces arrestations correspondent à la ligne politique de Ramzan Kadyrov, le dirigeant tchétchène qui a dit publiquement qu’il fallait nettoyer le sang tchétchène des gays et des lesbiennes… ». Bien que le gouvernement tchétchène dénonce ces accusations, l’inquiétude est grande.

On pourrait bien sûr croire que les actes homophobes perpétués à l’international ne concernent pas l’actualité française et n’ont en rien à voir avec l’ouverture de la PMA aux couples lesbiens mais le lien est bien réel.

La France, à bien des égards, tend à se montrer en leader, notamment concernant les droits de l’Homme. L’influence française en Europe reste importante : elle constitue un modèle, un moteur sur les plans économiques et sociaux. Cependant, les faits ne suivent pas. Sur de nombreux points la France est en retard, particulièrement sur des questions de discriminations.

Se reposer sur les lauriers anciennement acquis n’avance à rien. Au contraire, c’est un danger. L’acquisition du mariage homosexuel est une avancée considérable mais beaucoup reste encore à faire pour endiguer les discriminations et l’homophobie qui reste encrée dans la plupart des mentalités. Entre insultes et stigmatisations, les agressions à caractères homophobes sont fréquentes et les moyens mis en place très peu proportionnels à l’importance du problème.

« Tous les jeunes, indépendamment de leur orientation ou de leur identité sexuelle, méritent un environnement sûr et positif dans lequel ils peuvent réaliser leur plein potentiel. », énonçait Harvey Milk, premier conseiller municipal ouvertement homosexuel élu à San Francisco.

La politique française manque d’actes concrets dénonçant ces discriminations, d’actes symboliques tendant à l’égalité parfaite entre les citoyens. L’ouverture de la PMA à toutes est un moyen d’ouverture, un pas en avant. Elle ratifierait d’une part pour tous la possibilité égale de fonder une famille et d’autre part enseignerait clairement à la population, mais surtout aux générations futures, que l’homophobie est insensée et vaine en plus d’être néfaste.