Alors que le président américain Donald Trump bénéficiait d’un état de grâce médiatique comme politique dans les premiers jours suivant son investiture, l’Amérique s’inquiète désormais de graves atteintes portées à la séparation des pouvoirs.
Étape 1: Forcer son maintien
Celui qui a perdu les élections de 2020 estimait que le scrutin avait été truqué, que le renouvellement de son mandat lui avait été volé. Qu’à cela ne tienne: une invitation à manifester contre l’élection du nouveau président est lancée, et le 6 janvier 2021, des milliers de manifestants à la solde du milliardaire se lancent à l’assaut du Capitole, haut lieu de la démocratie américaine. Violences, armes, intrusion: c’est une lourde attaque portée par le président et les 800 manifestants qui le soutiennent. Toutefois, cette attaque n’aura pas eu l’effet escompté, et Joe Biden est intronisé nouveau président des États-Unis quelques jours plus tard. Alors, Donald Trump, plus conspué que jamais, se réfugie à son domicile de Mar-a-Lago en Floride ou il va préparer son avenir.
Étape 2: Mourir et revenir
Tandis qu’il enchaîne les revers, notamment judiciaires, dans l’affaire Stormy Daniel – du nom de cette actrice de films pornographiques dont il aurait acheté le silence sur leur présumée relation – et dans l’affaire des documents classés retrouvés à son domicile personnel de Mar-a-Lago, l’ancien Président américain prépare sa campagne pour gagner les élections de 2024, et tenter ce que seul son prédécesseur Grover Cleveland avait réussi avant lui: se faire réélire après avoir perdu l’élection précédente. Face à un Joe Biden à la santé déclinante, Trump engrange rapidement des points dans les sondages. Pourtant, le meilleur est encore – paradoxalement – à venir pour lui. Le 13 juillet 2024, alors qu’il tient un meeting en Pennsylvanie, il est victime d’une tentative d’assassinat, une balle atteignant son oreille à quelques centimètres de porter le coup fatal. Il n’en fallait pas plus pour galvaniser ses militants. Une minute plus tard, le sulfureux candidat lance à ses soutiens: « Fight »: « battez vous! ». Le 5 novembre 2024, Trump l’emporte haut la main sur sa rivale démocrate dépêchée à la hâte pour remplacer le président sortant Joe Biden, Kamala Harris. Le 20 janvier 2025, il est intronisé 47e président des États-Unis, et commence une politique de gouvernement par la force.
Découvrez ici notre article sur les coulisses de l’investiture de Donald Trump le 20 janvier 2025.
Étape 3: Menacer les juges
Sa condamnation (sans peine) dans l’affaire Stormy Daniel était à ses yeux un complot. Considérant que le juge le « haïssait » (sic), celui qui n’était pas encore réélu avait alors demandé sa révocation. Dans la vision autoritaire du pouvoir de Trump, il n’est pas question de Montesquieu, de « check and balances », ni de contrepouvoirs. Pour le leader républicain, tout n’est que bras de fer, forces contre forces, une joute ou tous les coups sont permis. Alors que Musk, homme le plus riche du monde et bras droit fantasque de Trump, promet 100 dollars à quiconque signera une pétition contre les « juges militants » dans le Wisconsin, le président va encore plus loin en soutenant directement le candidat à la cour suprême de l’état, Brad Schimel. Voilà donc une grave attaque au principe de séparation du judiciaire et de l’exécutif par le locataire de la Maison blanche. Pire, il réclame désormais la destitution du juge James Boasberg, qui s’est notamment illustré dans certains procès de l’attaque du Capitole du 6 janvier 2021, et qui désormais conteste le droit pour Donald Trump d’utiliser une loi de 1798 pour expulser massivement des immigrants. Ces attaques ne sont toutefois pas sans soulever des inquiétudes dans le monde judiciaire, le président de la Cour Suprême ayant notamment appelé à une procédure d’ « impeachment », cette procédure qui permet de destituer un président. Dans tous les cas, le bras de fer ne semble pas s’atténuer entre le président américain et les juges qui lui résistent, si bien qu’il est à redouter que Trump passe à la vitesse supérieure dans son atteinte au pouvoir judiciaire.
Étape 4: Intimider la presse et imposer son récit
Le 25 février 2025, la porte parole de la maison blanche annonçait une petite révolution pour les attachés de presse: ces journalistes ne seront plus choisis par la profession, mais par l’exécutif lui-même, ouvrant la voie à une sélection de médias acquis à la cause du président. Voilà donc le dernier clou porté dans le cercueil de la séparation des pouvoirs: s’attaquer à la presse, en décidant de qui doit détenir l’information. Il s’agit sans doute ici de la pire attaque, parmi une trop nombreuse liste, commise par le gouvernement Trump à l’encontre de la démocratie: s’attaquer aux médias pour contrôler la vérité. Pour la WHCA, l’association de journalistes attachés à la maison blanche, cette décision « met en pièces l’indépendance de la presse ». Par ailleurs, l’Associated Press, l’agence de presse n°1 aux États-Unis, a été interdite d’accès au bureau ovale et à l’avion présidentiel, considérant cette agence, pourtant réputée pour sa neutralité et sa grande qualité, comme étant acquise à la gauche radicale. Ce contrôle sur les médias aura sans doute l’avantage pour le gouvernement de lui permettre d’imposer son propre récit, ou encore de minimiser la réalité, comme dans l’affaire des conversations « Signal », dont l’impact est largement sous-estimée par le président et ses soutiens.
Quel sera donc le prochain coup porté par l’administration Trump à la séparation des pouvoirs, aux droits humains? Nul ne peut le prédire, mais les quatre prochaines années risquent d’être particulièrement éprouvantes pour la démocratie américaine, ou ce qu’il en reste.
Sources: RFI, Le Monde, The New York Times
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