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« Vous allez dire: Je suis fatigué de gagner ! » Promettait le président américain Donald Trump à ses soutiens en cas de réélection. 80 jours après l’investiture du milliardaire américain, les faits sont pourtant bien différents, et la réalité qui se cache derrière cette gestion catastrophique de l’économie semble tout droit sortie d’une blague du 1er avril.
L’imposture Peter Navarro
Voilà un nom qui revient souvent dans les médias sur la question des tarifs douaniers: celui de Peter Navarro. Mais qui est le conseiller économique du président américain? Aux yeux de beaucoup, une imposture. En effet, le média MSNBC révèle que Navarro aurait été choisi par le gendre de Donald Trump, Jared Kushner, en raison du… nombre de ventes de ses livres sur Amazon. Intéressé par ces propositions en matière de protectionnisme, Kushner rentre en contact avec l’auteur à succès, et ce dernier devient très vite conseiller économique du président. A l’appui de ses propositions et au soutien de l’imposition de droits de douane, l’auteur cite dans son ouvrage les travaux d’un certain Ron Vara, économiste. Seulement, on ne trouve aucune trace de cet économiste, et il n’est pas difficile de remarquer que Ron Vara est en fait l’anagramme de… Navarro. Le président américain a ainsi comme conseiller économique un imposteur qui ne cite aucune source scientifique pour prouver l’éventuelle efficacité des droits de douane. Pire, Navarro, convoqué au congrès en 2021 suite aux évènements survenus quelques temps plus tôt au Capitole, avait refusé de s’y présenter… Ce qui lui vaudra une condamnation à quatre mois de prison.
Une chute historique de la finance mondiale
Avec un tel conseiller, une théorie économique basée sur de simples opinions, et la méthode du bras de fer diplomatique si cher à Donald Trump, la catastrophe économique engendrée par la politique des droits de douane n’étonnera personne. Lundi 7 avril 2025 marquait une des pires journées en bourse depuis la crise du COVID. Face à l’annonce de l’imposition de droits de douane sur la majorité des pays du monde, particulièrement sur la Chine, les marchés ont très négativement réagi: la bourse de Paris baissait de 5,2% une heure après son ouverture, et Francfort baissait jusqu’à 6,3 %, mais cela était encore peu face à l’hallucinante baisse de 13,22% à Hong Kong. Aux investisseurs américains, le fantasque président américain avait lancé « Ne soyez pas stupides ! Ne paniquez pas ! », en appelant à leur patience. Cependant, la bourse de New York baissa très rapidement, avant qu’une rumeur sur une pause des droits de douane ne fasse subitement remonter les cours.
Tergiversations et guerre sino-américaine
L’annonce par Donald Trump de la mise en pause des droits de douane mercredi 9 avril témoigne de l’impréparation du gouvernement américain et du chaos provoqué par ces mesures. Toutefois, les bourses américaines restent sceptiques face à ce nouveau revirement du président américain. Il faut dire que la Chine est un des seuls pays à ne pas bénéficier de cette pause, Trump voyant le pays comme le grand ennemi à abattre dans sa guerre commerciale, coûte que coûte. En réponse, la Chine a, elle, annoncé des droits de douanes à hauteur de 125% sur les produits américains. Dans cette guerre sans pitié que se livrent américains et chinois, il est certain que le géant asiatique saura bien plus aisément sortir son épingle du jeu, en position dominante dans des économies naissantes ou à fort potentiel, comme en Afrique ou au Moyen-Orient, tandis que les États-Unis perdent de plus en plus de terrain sur la scène mondiale. Alors, l’imposition massive de droits de douane sur la quasi-entièreté du globe (même sur les îles Heard et McDonald peuplées uniquement de manchots, mais surtout pas sur la Russie bien sûr !), semble d’ores et déjà être un jeu perdant pour le pays qui est, pour l’instant, la première puissance mondiale. Jusqu’à ce que la Chine la dépasse un jour, bien aidée par la politique suicidaire du maître du bureau ovale.
Un délit d’initié?
Le délit d’initié est une infraction boursière dans laquelle un investisseur va bénéficier d’une information qu’il n’est pas sensé détenir dans le but de réaliser des profits. Ainsi, les tergiversations dans la mise en place de la politique des droits de douane par le gouvernement américain ont laissé dire à certains que le président américain avait pu profiter ou faire profiter des fluctuations des cours de la bourse. Quelques années plus tôt, le bras droit (de facto) du président américain avait été mis en garde par la SEC, le gendarme de la bourse américaine, après avoir utilisé le réseau social twitter dans le but de faire varier les cours boursiers de son entreprise Tesla. Alors, Trump a-t-il effectué pareille opération mais à l’échelle planétaire? C’est en tout cas ce que pensent certains démocrates, dont le sénateur Adam Schiff, qui demande l’ouverture d’une enquête pour délit d’initié contre le président et ses proches. En effet, la « Trump Media Group », société qui héberge le réseau social du président américain, a vu son cours bondir de près de 23% mercredi 9 avril, jour de l’annonce de la pause sur les droits de douane américains. Une augmentation soudaine qui suscite une interrogation légitime. Alors, illégalité ou incompétence? Quoi qu’il arrive, il est inquiétant qu’une seule personne puisse au gré de ses émotions impacter la santé financière du monde entier.
Sources: MSNBC, Le Monde, RFI, The New York Times.
Crédits Photos: History in HD, licence libre.