La croissance de l'Allemagne s'amplifie encore

par Stanislas Racine 12 Janvier 2018

La croissance économique a dépassé les attentes en 2017, progressant de 2,2 %. Pour le pays aux 81 millions d'habitants, le tableau est idyllique - il ne manque qu'un gouvernement pour être parfait.

Pour sa première conférence de presse de l'année, Dieter Kempf, le patron du BDI (Bundesdeutsche Industrie, fédération des industries allemandes), a le sourire sincère : tout va pour le mieux en Allemagne - mis à part un petit détail. "Nous sommes optimistes pour 2018, lance-t-il. La reprise prend de l'ampleur". Une ampleur qualifiée de "durable" et "robuste".

Pour 2018, le patronat allemand - en prise cette semaine avec le syndicat IG Metall pour le passage à la semaine des 28 heures et une augmentation des salaires dans la métallurgie et la sidérurgie - s'attend à une croissance de 2,25 % et au moins 500 000 emplois créés. Il ne manque vraiment plus qu'un gouvernement pour que la situation soit parfaite. Le SPD a par ailleurs accepté de former une nouvelle coalition avec la CDU de Merkel, à condition de réformer l'Europe et d'être "proche" de la France. "Le point de départ ne pourrait être meilleur", souligne Dieter Kempf en espérant "rapidement" une décision pour qu'Angela Merkel début réellement son mandat. Les seules menaces qui pourraient éventuellement peser sur la stabilité de l'économie outre-Rhin sont, à ses yeux, l'incertitude politique et cette instabilité gouvernementale.

Au vert depuis longtemps - la crise des subprimes a relativement épargné l'Allemagne, notamment grâce aux lois Hartz IV - tous les indicateurs confirment la solidité des performances économiques de la première puissance européenne. En 2017, le PIB a progressé de 2,2 %, surpassant les pronostics gouvernementaux. Le taux de chômahe s'établit aux alentours de 5,7 % - un taux sans précédent, historiquement bas, et qui fait figure de l'un des meilleurs taux de chômage dans le monde. L'excédent budgétaire, enregistré à 38,4 milliards d'euros, bat un record.

Dans le détail, la consommation privée (+ 2 %) tire la croissance tout comme les exportations, qui ont progressé de 4,7 % sur l'année civile 2017. En revanche, les importations ont augmenté, de 5,2 %. Malgré cela, la balance commerciale allemande affiche un nouveau record (contrairement à celle de la France). Les "sages", ceux qui sont chargés de gouverner l'Allemagne, avaient mis en garde contre un risque de "surchauffe" de l'économie - risque que le BDI  a écarté, aujourd'hui.

Ceux qui critiquent les superperformances allemandes et les déséquilibres économiques qui en découlent se réjouiront d'un chiffre : les investissements ont augmenté de 3,5 %. Parmi les bénéficiaires figure la France. "Nous attendons plus d'investissements de l'Allemagne dans de grands projets, l'innovation, la recherche, les infrastructures", a ainsi demandé Bruno Le Maire dans une interview au quotidien allemand Die Zeit, intitulée "Ce qui tue une relation, c'est la routine". Il a salué les politiques menées par Berlin pour réduire les inégalites et les déséquilibres, comme l'introductin d'un salaire minimum.

Revendication salariale

La question n'est pas qu'économique. En Allemagne, la répartition des fruits de la prospérité fait débat. Sur le point de l'augmentation des salaires de 6 %, demandée par IG Metall, Dieter Kempf n'a pas l'air contre - mais il n'est pas en charge des négociations menée par Gesamtmetall (fédération patronale). Les salariés "veulent une part de la croissance", admet-il. Sur l'autre revendication - le passage à la semaine de 28 heures - il se dit perplexe. "Je ne comprends pas", soupire-t-il. Alors que de nombreux secteurs sont touchés par une pénurie de main d'oeuvre, l'économie allemande a besoin de plus de travail et non moins, estime-t-il. Mais, puisque leur prospérité est assurée, les Allemands veulent réfléchir et améliorer leur modèle de société.

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