L'Allemagne songe à repasser à son ancien système scolaire

par Stanislas Racine 07 Février 2018

La Bavière a décidé de revenir à son système pré-réforme, le G9, alors q'une réforme scolaire d'envergure avait été menée pendant le mandat précédent d'Angela Merkel. Décryptage.

Alice Heinke est Allemande et a 18 ans. Etudiante en Bachelor (licence études franco-allemandes interculturelles) à la Sorbonne, elle a vécu jusqu'à l'entrée à l'Université en Allemagne et connaît donc le système scolaire d'outre-Rhin sur le bout des doigts. Un commentaire sur ce système du G8-G9 exposé à la Sorbonne a inspiré la rédaction de cet article. Commentaire rédigé par Stanislas Racine.

Enfin, soufflent les élèves et les parents. La Bavière a décidé de revenir à l'ancien système allemand en terme d'années scolaires avant d'obtenir l'Abitur, l'équivalent outre-Rhin de notre baccalauréat. Cette « contre-réforme » va entrer en vigueur à partir de la rentrée 2018. Il y a quatre ans, l'Allemagne était passée au système G8, c'est-à-dire 8 ans de collège/lycée (communément appelée Gymnasium par les Allemands) avant de décrocher le précieux sésame. Auparavant, les collégiens/lycéens désirant obtenir le diplôme devaient étudier pendant 9 ans, c'est à dire qu'ils passaient l'examen à l'âge de 19 ans.

Le système pour obtenir son bac est très différent chez nos voisins allemands qu'en France, puisque les notes (contrôle continu) comptent à partir de la 11ème classe (l'équivalent de la 1ère) pour l'Abitur, et que les élèves allemands doivent choisir parmi des « menus » en ayant uniquement quatre voire cinq matières (une est optionnelle) à passer, par exemple maths-français-allemand-histoire, ou allemand-physique-histoire-latin. Ces menus sont très libres mais doivent respecter un schéma de base (par exemple : une langue, une science et une science humaine + l'allemand). C'est également ce que souhaite faire appliquer Emmanuel Macron en France avec son « plan étudiants », réformant la sélection en Master et l'obtention du baccalauréat, appliquable (sous condition d'être voté) à partir de 2021. Réforme qui fait beaucoup parler d'elle chez les étudiants proches des mouvements de gauche, affirmant que ce « plan étudiants » et la sélection en Master est un mauvais choix, certains allant même qualifier ce système de « raciste » (mais là n'est pas le sujet).

Le système G9 est appliqué dans les Realschule en Allemagne et est désormais convoité par les autorités bavaroises. Les Realschule sont des écoles spécialisées, qui n'offrent pas d'Abitur en fin de cycle mais un diplôme spécialisé très reconnu dans le pays dans une spécialité manuelle choisie par l'étudiant avant l'entrée en sixième, par exemple la plomberie. Les Realschule sont l'équivalent de l'apprentissage en Suisse. En classe de 4e, les professeurs indiquent à l'élève et à ses parents un choix correspondant le plus à ses notes et à ses facultés, en fonction de ce qu'ils ont observé. Les parents doivent ensuite décider s'ils approuvent ou infirment le choix des professeurs.

Ce choix fait en 4. Klasse (l'équivalent de notre CM2, donc) est critiqué en France, car certains professeurs et spécialistes considèrent que c'est trop tôt pour décider – même si le système scolaire allemand offre de nombreuses passerelles, et que l'Abitur n'est absolument pas nécessaire pour réussir sa vie et avoir de bons salaires dans ce pays, puisque seulement 50 % des Allemands ont passé l'Abitur, selon des chiffres de l'organisme de statistiques public germanophone Destatis, en 2014.

La Bavière a donc récemment réinstauré le système G9 pour le Gymnasium. Cette décision politique a fait l'obejt de débats au Parlement local, qui a une très grosse importance, puisque le système fédéral allemand fait que les régions seules décident de noombreuses lois les concernant. Le Reichstag seul n'impose pas grand chose aux régions allemandes (Bundesländer), le système politique n'est pas centralisé et les députés du Bundestag (le système allemand se veut unicaméral, c'est-à-dire qu'il n'y a qu'un seul Parlement national) représentent leurs régions pour les déicisons qui impliquent l'état entier, comme par exemple autour du chômage. Au niveau scolaire, les Bundesland décident des dates des vacances scolaires, du nombre d'heures imposables, des matières, des constructions/créations d'écoles, de collèges ou de lycées. Les impôts payés par les Allemands dans leur Région sert donc à financer des bâtiments scolaires locaux, qui impliquent directement la vie scolaire de leurs enfants / petits-enfants.

La CSU, qui avait remis le système G8 il y a quatre ans, a donc du revenir sur ses pas et remettre ce qui semble fonctionner de mieux – le G9. Sûrement à cause des élections régionales qui arrivent en 2018, mais aussi parce que les élus ont constaté sur le terrain que les parents grognaient et que les professeurs étaient mieux habitués au G9, qui leur permettait de développer le programme de manière plus approfondie – 8 ans, c'est « court » pour de nombreux écoliers, qui n'ont pas forcément le temps de tout assimiler. Tout n'est pas mauvais dans ce système G8 – mais ça ne veut pas dire qu'il y a des bons points, qu'il est forcément excellent. Cela implique en effet le paiement d'un an supplémentaire pour l'ensemble des professeurs, et des moyens supplémentaires, ce qui ne devrait pas poser de problèmes pour cette région qui figure parmi les plus riches d'Allemagne. La Bavière fait figure « d'exemple » dans le pays – d'autres pays ayant communiqué l'envie de revenir à cet ancien système, même s'ils l'ont fait de manière moins officielle et précise que leurs homologues du sud-ouest de l'Allemagne. A l'heure où la France souhaite réformer de fond en comble son système d'éducation scolaire, cette décision de revenir à un système plus ancien, qui est certes plus long mais qui prend mieux en compte les attentes des enfants et qui leur permet d'avoir plus de temps libre (avec un an supplémentaire, les emplois du temps sont forcément allégés) est traité avec la plus grande importance outre-Rhin. Et permet donc aux élèves de souffler et d'approfondir les thèmes étudiés, ainsi que d'avoir plus de loisirs – la place aux activités extra-scolaires étant beaucoup plus importante chez nos voisins allemands, avec une approche en terme scolaire radicalement différent du nôtre. Le débat fait rage – « l'ancien monde » aura-t-il le dernier mot ?

 

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