La peur d'un « nouveau Chibok » après une attaque de Boko Haram au Nigéria

par Stanislas Racine 21 Février 2018

Plus de cent écolières nigérianes sont portées disparues après l'attaque du groupe islamiste Boko Haram contre un village dans l'Etat de Yobe, dans le nord-est du pays. Les familles craignent qu'elles ont été enlevées comme ce fut le cas en 2014 pour les 276 lycéennes de Chibok.

Le spectre d'un nouveau Chibok plane au-dessus du Nigeria. Lundi, les insurgés de Boko Haram, lourdement armés, ont attaqué une école de filles dans le village de Dapchi, dans le nord est du pays, tirant en l'air et faisant exploser des grenades. Ce mercredi, 111 lycéennes manquent toujours à l'appel. Cet assaut ravive la crainte d'un kidnapping de masse comme celui des lycéennes de Chibok, en 2014.

«Nos filles sont portées disparues depuis deux jours et nous ne savons pas où elles se trouvent», a déclaré à l'AFP Abubakar Shehu, dont la nièce fait partie des disparues. Au moment de l'attaque, les élèves et les professeurs de la Girls Science Secondary School, un internat, se sont instinctivement enfuis dans la brousse, craignant d'être enlevés eux aussi par les combattants, comme ce fût le cas il y a quatre ans. 111 élèves du lycée de Dapchi ne sont toujours pas rentrées, suscitant les pires craintes de leurs familles, qui se sont rassemblées, mercredi matin, devant l'établissement pour obtenir des informations.

«On nous a dit qu'elles s'étaient réfugiées dans d'autres villages, mais nous avons été dans tous ces villages mentionnés, en vain. Nous commençons à craindre que le pire s'est produit», ajoute la tante d'une des disparues. «Nous avons peur d'avoir affaire à un nouveau scénario de Chibok». Un témoin raconte qu'il aurait été forcé de montrer le chemin aux insurgés: «J'ai vu des filles pleurer et gémir dans trois véhicules et elles réclamaient de l'aide.»

Le 14 avril 2014, Boko Haram avait enlevé 276 lycéennes.

Selon le personnel de l'école, il y avait, au moment de l'attaque, 710 élèves dans le pensionnat, qui accueille des filles âgées de 11 ans et plus. «Nous ne savons toujours pas combien de nos filles ont été retrouvées et combien sont toujours portées disparues», s'inquiète Inuwa Mohammed, la mère d'une des lycéennes introuvables. Si les familles craignent un nouvel enlèvement par Boko Haram, la police de l'État de Yobe, l'un des trois les plus touchés par l'insurrection du mouvement terroriste dans le nord-est du Nigeria, assure n'avoir aucune information allant dans le sens d'un enlèvement.

Les motivations restent floues

Les véritables motivations des assaillants à Dapchi restent floues, même si certains villageois affirment qu'ils ont visé en priorité l'établissement scolaire. Après s'être rendus dans l'école, les insurgés ont en outre «pillé» plusieurs magasins à la recherche de vivres et de matériel, selon des médias locaux. Les rumeurs de paiement de rançons en échange des lycéennes de Chibok libérées pourraient inciter le groupe djihadiste à commettre d'autres enlèvements, prévient Amaechi Nwokolo, analyste pour le Roman Institute for International Studies à Abuja. «Ils ont compris que les kidnappings peuvent être un nouveau moyen de récupérer de grosses sommes d'argent» pour acheter des armes, des munitions et des véhicules, souligne-t-il. Pour Yan St-Pierre, consultant en contre-terrorisme pour Mosecom (Modern Security Consulting Group), le kidnapping reste une vieille méthode pour Boko Haram: «Ils organisent des enlèvements toutes les semaines, même sans rançon, pour maintenir la pression sur les opérations militaires.»

Mais selon d'autres observateurs, la quête de moyens de subsistance au jour le jour reste le principal objectif du groupe djihadiste. «Le seul but était le pillage», estime ainsi Babaji Katagum, ancien commandant de l'armée nigériane. «Je ne pense pas qu'ils aient voulu enlever qui que ce soit. Ils cherchaient juste de la nourriture et autres denrées.»

Le groupe djihadiste Boko Haram, dont le nom signifie «l'éducation occidentale est un péché», mène depuis 2009 une insurrection sanglante dans le nord-est du Nigeria ayant fait plus de 20.000 morts. Il a kidnappé des milliers de personnes, dont des femmes et des enfants, mais c'est l'enlèvement de 276 lycéennes à Chibok en 2014, qui avait déclenché une vague d'indignation mondiale, donnant au groupe une tragique notoriété sur la scène internationale. Depuis, 107 jeunes filles ont été retrouvées ou échangées après des négociations avec le gouvernement. Début janvier, plusieurs d'entre elles apparaissaient dans une vidéo diffusée par le groupe, où elles disaient qu'elles ne reviendraient plus et ne voulaient plus quitter le «califat».

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