Emmanuel Macron, un an après

par Stanislas Racine 07 Mai 2018

C'est seulement lorsque l’Hymne à la joie a retenti, ce dimanche 7 mai 2017, aux alentours de 22h30, sur l’esplanade du Louvre, que les Français ont compris qu’Emmanuel Macron allait vraiment être président. “Par effraction”, peut-être, comme il l’a lui même reconnu plus tard. Mais président quand même. Encore étourdis par une campagne longue et pleine de rebondissements, ils l’ont vu s’avancer, seul, à pas lents, à la manière d’un Mitterrand du second millénaire. Moderne et si classique à la fois, réformateur et conservateur, il aime le contact direct et l’horizontalité des réseaux sociaux mais renoue avec gourmandise avec l’autorité présidentielle de la Ve République. Le président du “en même temps” brouille les pistes, au risque d’altérer son image. En un an, les Français ont peu à peu découvert les attributs d’un président aux milles facettes. Et ses limites. Si le président français ne fait pas (du tout) l'unanimité au sein de la rédaction, il est temps, en ce premier anniversaire, de faire le point.

1 - Est-il un président de droite ou de gauche ?

2 - Le point sur les affaires concernant Macron

3 - Macron vu de l'étranger

4 - Un an sous la Macronie : de la start-up nation à l'ultra-présidentialisme

Emmanuel Macron, un "président des riches" vraiment de droite, ou plutôt à gauche ?

La gauche le dit de droite ; la droite l'affectionne de plus en plus. Pourtant, Emmanuel Macron s'inscrit dans une tradition politique clairement marquée à gauche, tant sur le plan symbolique que sociétal... et même en matière économique. 

La perception positive de la politique d'Emmanuel Macron par les Français de droite semble démontrer que celui-ci a su convaincre sur plusieurs sujets chers à cet électorat. En effet, le président a repris à son compte plusieurs mesures figurant de longue date dans le corpus de la droite classique, en proposant par exemple de restaurer un service national universel, ou en mettant en place, à l'aide d'un ministre de l'Economie lui aussi recruté au sein de LR, des mesures comme la suppression de l'ISF, la refonte du Code du travail ou encore la réforme ferroviaire. Chacun de ces mouvements politiques déclenche en outre un concert d'indignation à gauche, qui semble conforter les électeurs de droite dans la conviction qu'Emmanuel Macron est de droite.

Le président a su s'attirer la sympathie plus ou moins appuyée de plusieurs ténors de LR, d'Alain Juppé à Nicolas Sarkozy, qui affirmait l'an passé : «Macron, c'est moi en mieux !» Mais le chef de l'Etat ne s'attire pas uniquement la bienveillance de la droite classique. Des figures de différentes sensibilités n'hésitent plus à adresser leurs compliments au chef de l'Etat. Tandis que Charles Beigbeder loue «son style» et «son charisme», Eric Zemmour estime qu'Emmanuel Macron a «rehaussé sa fonction». Philippe de Villiers va jusqu'à louer sa politique étrangère, assurant qu'Emmanuel Macron est «comme le général de Gaulle [car] il renoue avec l'idée capétienne selon laquelle la France, dans sa grande tradition diplomatique, n'a reconnu que les États, jamais les régimes».

L'héritage du Parti socialiste et de François Hollande

S'il est incontestable qu'Emmanuel Macron occupe une grande partie du terrain traditionnel de la droite, sa filiation politique est paradoxalement clairement ancrée à gauche. Du point de vue électoral tout d'abord, 45% des Français qui avaient voté pour François Hollande 2012 ont choisi Emmanuel Macron dès le premier tour il y a un an. A titre de comparaison, ceux ayant voté pour Nicolas Sarkozy lors de la présidentielle précédente n'étaient que 18% à s'être laissés convaincre par celui qui affirmait en décembre 2014 : «Je suis socialiste !» De fait, même s'il a pu contredire cette déclaration par la suite, Emmanuel Macron a bien été membre du PS de 2006 à 2009.

Au-delà de l'électorat socialiste, de très nombreux ralliements de personnalités politiques issues du PS, avant comme après sa victoire, témoignent de l'ampleur de la razzia opérée par Emmanuel Macron dans les rangs du parti de François Hollande. Si le cas de Manuel Valls a fait couler beaucoup d'encre, l'ancien Premier ministre n'a pas été le premier socialiste à préférer LREM à sa propre formation politique. Dès la victoire de Benoît Hamon à la primaire de la gauche, plusieurs députés annonçaient déjà leur ralliement à Emmanuel Macron. Par la suite, de nombreux piliers du PS en ont fait de même, à l'instar de Richard Ferrand, Bertrand Delanoë ou Gérard Collomb. Une hémorragie qui a même fini par inquiéter Emmanuel Macron lui-même, soucieux de ne pas reprendre à son compte le bilan de son devancier.

Si de nombreux électeurs et cadres socialistes se sont tournés vers Emmanuel Macron lors de la campagne, celui-ci leur a également donné des gages une fois la victoire acquise. Lors de la constitution de son premier gouvernement en juin dernier, Emmanuel Macron a ainsi pris soin de nommer pas moins de sept ministres de gauche, parmi lesquels des figures importantes du PS tels Jean-Yves Le Drian ou Florence Parly. De quoi accréditer l'hypothèse, par ailleurs soutenue par de nombreux concurrents d'Emmanuel Macron pendant la campagne présidentielle, selon laquelle ce dernier serait le digne successeur de François Hollande.

Bilan : s'il est vrai que le jeune et inexpérimenté président s'est attaqué à des chantiers laissés en suspens ces dernières années (notamment concernant la réforme de la SNCF), Macron mène une politique social-démocrate, c'est-à-dire de centre-gauche. Il n'est pas à droite du tout concernant les valeurs (même si sa loi sur l'asile et l'immigration a contenté certains membres des Républicains) et économiquement a rajouté plusieurs impôts ou taxes, ce qui en fait un digne héritier de Hollande. Un président de centre-gauche, donc, mais avec une politique bien plus efficace que son prédécesseur socialiste.

Un président épargné par les affaires et les couacs... seulement pendant la campagne

Alors que François Fillon clame encore son innocence dans l'affaire "Pénélope Gate" (qui est d'ailleurs, au niveau judiciaire, au point mort), Emmanuel Macron, qui semblait irréprochable pendant la campagne et qui a été encensé (parfois à outrance, comme nous l'a montré Christophe Barbier notamment) a été rattrapé par plusieurs affaires, voire de potentiels scandales d'Etat. Ces affaires, dont pour certaines des enquêtes ont été ouvertes, le concerne lui directement ou bien ses proches conseillers et ministres :

- Macron à Las Vegas, 381 000€ en une soirée de promotion sans appel d'offre. Favoritisme, précampagne, ses opposants l'accusent même de détournement de fonds. Des perquisitions ont été faites et une enquête judiciare a été ouverte, mais le PNF n'a (toujours) pas été saisi.

- soupçon de trafic d'influence du lobby pharmaceutique et notamment Servier, révélé par Médiapart : son "expert santé" pendant la campagne a été rémunéré par Servier, ce qui peut faire naître des doutes sur la nécessité des 11 vaccins obligatoires par exemple.

- déclarations suspectes pour l'impôt sur le revenu et l'ISF, ses avoirs ayant été "amputés de 2.800 000 €. De même, sa déclaration à la haute autorité pour la transparence est également suspecte. Les délits potentiels : faux & usage de faux, recel & fraude fiscale.

- des plaintes pour viol déposées contre Darmanin et Nicolas Hulot. Pour ce dernier, les preuves - apportées soi-disant par le magazine Ebdo, proche de la gauche - ont un peu manqué et c'est cela qui a fait réagir la population : Ebdo a été accusée de buzz (les faits dataient de 1996) et a dû fermer boutique quelques mois plus tard...

- des ristournes assez conséquentes accordées par GL Events alors que Macron n'était alors qu'un candidat, ristournes non-accordées à d'autres candidats tels que Fillon ou Hamon. De plus, la mairie de Lyon alors dirigée par Gérard Collomb semble avoir été très complaisante et peu regardante sur les chiffres lors de réunions.

- des donateurs irréguliers identifiés par la Cour des Comptes, avec un montant de 50 000 euros irrégulier dans ses comptes de campagne, qui ont tout de même été validés (comme ceux de tous les autres candidats).

Il faut cependant noter que le président a à chaque fois répondu aux accusations en avancant des arguments. Pour ses deux ministres accusés de viols - en pleines révélations #MeToo - le président français, impétueux, a dénoncé une "République du soupçon"

Bilan : avec la moralisation de la vie publique, certains ont pu croire que tout allait changer. Si sur la forme certaines mesures (cumul des mandats par exemple) a changé la donne, sur le fond, le coeur humain reste le même, attisé par le pouvoir et l'argent, et Macron et son entourage n'échappent pas à cette règle. Ce qui étonne, c'est également la lenteur de la justice à condamner ou enquêter sur ces affaires, contrairement à d'autres candidats.

Emmanuel Macron vu de l'étranger

Le président français, Emmanuel Macron, affirme vouloir assurer le retour de la France sur la scène européenne et internationale, multipliant les symboles, les initiatives et les visites d’Etat. Un an après son arrivée au pouvoir, il continue de susciter l’intérêt et ne passe jamais inaperçu, sans pour autant convaincre totalement dans les pays dans lesquels il s’est rendu. Un petit chiffre : Macron a parcouru quatre tours du monde en 72 jours, et 169.624 kilomètres en un an à la tête de l'Elysée.

Le président français a pris le pas sur Theresa May auprès de Washington, même si les deux leaders anglo-saxons ont une vision commune en ce qui concerne l'immigration, notamment. Trump voit également d'un oeil plus favorable Macron par rapport à Angela Merkel, qui (contrairement au président français), n'a pas hésité à le remettre à sa place devant lui et à exprimer son inquiétude devant son protectionnisme affiché. Le gouvernement russe, quant à lui, s’insurge contre les accusations du président français sur le rôle de la Russie en Syrie, mais M. Macron est choyé en tant qu’interlocuteur non hostile en Europe. La visite du président français en Chine, en janvier, a laissé l’image d’un chef d’Etat ferme et brillant, mais pesant peu en regard de la superpuissance asiatique.Le président français partage avec le chancelier autrichien l’inspiration libérale et la fermeté en matière migratoire. Mais sa défense de l’UE heurte les souverainistes, notamment en Hongrie.L’arrivée au pouvoir du président français a entraîné un regain d’intérêt pour la France dans les pays scandinaves, mais les doutes sur son projet perdurent. En Espagne, Madrid soutient les projets du président français sur la scène européenne et se montre assez proche du président Macron. Des partis comme Cuidadanos essaient d'appliquer les mêmes réformes à l'Espagne que celles françaises. Jamais les dirigeants espagnols n'ont elevé la voix contre lui ou fait des déclarations à son encontre, contrairement à d'autres dirigeants européens qui, tout en saluant l'équilibre du président, n'ont pas hésité à le remettre à sa place et lui donner parfois des leçons de morale, à l'instar d'Angela Merkel, qui reste toujours la patronne de l'Europe. Enfin, l’accession à l’Elysée d’un candidat jugé novateur a séduit la bourgeoisie libérale brésilienne, qui voudrait son équivalent, mais qui empêtrée dans des affaires de corruption, peine à voir le bout du tunnel.

Bilan : face à la peur de voir Le Pen triompher en France, l'accession au pouvoir de Macron a rassuré une grande partie du monde occidental et même au-delà. Cependant, ni ses réformes ni sa manière d'être et d'agir ne plaisent à tous. Le président français est très clivant, et il faut dire qu'il entretient aussi ce flou. Une diplomatie plus franche serait parfois souhaitable, car attention, le "en même temps" a une fin.

Le bilan économique et sociétal de Macron : de la "start-up nation" à l'ultra-présidentialisme

Tout le monde – opposants comme partisans – en conviendra, Emmanuel Macron a renversé la table. En quelques mois, de sa déclaration de candidature en novembre 2016 à son élection le 7 mai 2017, l'ex-associé gérant de la banque d'affaires Rothschild, jamais passé par le suffrage universel jusque-là, a fait table rase du paysage politique français, mettant fin au ronron de l'alternance entre RPR-UMP-Les Républicains d'une part et, d'autre part, l'antique Parti socialiste issu du congrès d'Epinay de 1971.

Même BFMTV, régulièrement raillée pour sa complaisance envers le chef de l'Etat en convient. La chaîne évoque, avec un brin de culot mais tout en bienveillance, un «casse du siècle», à l'occasion d'un documentaire consacré au premier anniversaire de l'élection du candidat d'En Marche!.

«Casse du siècle» ? L'expression recouvre donc l'idée d'un braquage, ou encore d'un passage en force. Aussi, en ce mois de mai 2018, après un an de macronisme, ceux qui se montrent critiques de l'action du président listent-ils ses nombreuses voies de fait : réforme du code du Travail par ordonnances, réforme de la SNCF, frappes en Syrie... Sur tous les grands dossiers où il considère qu'il y a urgence, le locataire de l'Elysée contourne systématiquement le Parlement, c'est-à-dire la représentation nationale. Et quand il croit son autorité menacée, Emmanuel Macron n'hésite pas à sévir, là où ses prédécesseurs cherchaient plutôt un compromis plus diplomatique : en juillet 2017, il limoge ainsi son chef d'état-major, Pierre de Villiers, pour un désaccord concernant les coupes budgétaires imposées à l'armée. «Je dis ce que je fais et je fais ce que je dis, ce n'est pas plus compliqué que cela», martèle alors le président. Et d'ajouter : «Si quelque chose oppose le chef d'état-major des armées au président de la République, le chef d'état-major des armées change.» Trois jours plus tard, le 19 juillet, Pierre de Villiers présentait sa démission.

A la rentrée 2017, Emmanuel Macron donne le coup d'envoi de la réforme du code du Travail. Après les combats contre la loi Travail de 2016, le gouvernement d'Emmanuel Macron enfonce les lignes des syndicats, visiblement à bout de souffle et peinant à mobiliser leurs troupes contre un candidat pour lequel ils ont appelé à voter quelques semaines plus tôt. Les prenant de vitesse, il signe en septembre 2017 devant les caméras de télévision les ordonnances permettant notamment d'assouplir les conditions de licenciement collectif pour les entreprises.

Jupiter règne, oui mais avec l'Union européenne

S'il s'est présenté aux Français en mettant en avant une démocratie collaborative où toutes les énergies étaient supposées fusionner dans la logique de la synergie, et où les propositions des «marcheurs» étaient les bienvenues, le tropisme d'Emmanuel Macron pour une pratique «jupitérienne» du pouvoir n'est pourtant pas une surprise.

Recommandé au secrétaire général de l'Elysée, Jean-Pierre Jouyet, par Jacques Attali, influent partisan de la mondialisation à tout crin, éminence grise de François Mitterrand et conseiller informel de plusieurs présidents, Emmanuel Macron met les pieds à l'Elysée pour la première fois en 2012. En 2014, devenu ministre de l'Economie sans jamais avoir été élu, il sort de l'ombre et annonce la couleur avec une première loi portant son nom.

Avec la loi Macron, d’inspiration bruxelloise, il lance en août 2015 la libéralisation du marché des autocars, grâce à laquelle les Français découvrent les fameux «bus Macron». La loi élargit également la possibilité pour les employeurs de faire travailler leur salariés le dimanche, toujours dans le sillage des recommandations de l'UE. Emmanuel Macron doit toutefois reporter une disposition notable contenue dans son projet initial : celle introduisant un secret des affaires.

Il ne recule toutefois qu'à charge de revanche : elle sera finalement votée trois ans plus tard, une fois le ministre devenu président. Un an après la vente à l'américain General Electric de la branche stratégique énergie d'Alstom, indispensable à l'indépendance nucléaire de la France en 2014, la loi Macron permettait aussi la vente d'actifs de l'Etat dans des sociétés comme Gaz de France, ou encore Orange, conformément aux attentes de l'Union européenne.

«Casse du siècle» ou «projet» ? Quoi qu'il en soit, avec constance et continuité, depuis Bercy, Emmanuel Macron testait donc déjà ce qui deviendrait par la suite son programme économique. En clair : une déréglementation de l'économie tous azimuts, avec pour boussole les grandes orientations de politique économique (GOPE) de la Commission européenne. Europe, post-libéralisme en matière économique, «progressisme social»... la doctrine de celui qui deviendrait le huitième président de la Ve République était déjà assez lisible. En 2016, le gouvernement auquel il appartient passe en force, avec l'article 49.3 de la Constitution, pour faire adopter la loi Travail, portée en façade par le ministre Myriam el-Khomri.

Cette pratique dessine déjà les contours de la gouvernance selon Emmanuel Macron. La série de passages en forces, habillés du maître mot martelé de la «concertation», de la première année de mandat du président auront confirmé cette hypothèse, celle d'une approche «jupitérienne» du pouvoir.

Cette conception, éminemment conflictuelle, constitue bel et bien une rupture avec la pratique traditionnelle des institutions des devanciers d'Emmanuel Macron. Si ceux-ci avaient évidemment su imposer leur autorité, sans jamais délaisser les ordonnances ou le 49.3 par exemple, jamais ils n'avaient été jusqu'à théoriser cette approche très «top-bottom». Elle semble imprégner jusqu'aux proches du président eux-mêmes. Dernier exemple éloquent en date : en dépit des usages républicains, Jacqueline Gourault, ministre auprès du ministre de l'Intérieur, s'est indignée le 19 avril dernier des questions de l'opposition sur le projet de loi asile et immigration. «Qu'est-ce que c'est que d'obliger un ministre à répondre ?», a-t-elle lancé au chef de file des Républicains, Christian Jacob, se posant en victime. Et d'ajouter, inversant les rôles : «Ce sont des méthodes autoritaires qui ne sont pas acceptables dans une démocratie.»

Macron, les start-up, et «ceux qui ne sont rien»

Dans les rangs même de LREM, la discipline de fer exigée passe parfois mal, malgré la bonne volonté et l'inexpérience de nombre de députés élus à la faveur du raz-de-marée des législative de juin 2017.

Mais c'est aussi le peuple lui-même qu'Emmanuel Macron affronte parfois directement. Face à la contestation, il n'hésite pas à relever le gant. Déjà, en mai 2016 face à des militants de Nuit Debout le prenant à partie, alors qu'il était encore ministre de l'Economie, il avait lancé : «La meilleure façon de se payer un costard, c'est de travailler.» Entre autres épisodes, en octobre 2017, Emmanuel Macron s'en prenait aux grévistes de l'équipementier GM&S, entreprise du département de la Creuse en faillite, emblématique de la désindustrialisation française et de la détresse de territoire ruraux face à la disparition d'employeurs majeurs. «Il y en a certains, au lieu de foutre le bordel, ils feraient mieux d’aller regarder s’ils peuvent avoir des postes», avait lancé le président. Ces propos n'étaient pas destinés à être publics, mais avaient été filmés par une équipe de BFMTV présente sur place.

Le 29 juin 2017, quelques semaines seulement après son élection, Emmanuel Macron commettait le premier impair majeur de son mandat en matière de communication. «Une gare, c'est un lieu où l'on croise des gens qui réussissent et des gens qui ne sont rien», avait-il déclaré dans le but peut-être de faire preuve de compassion. Mais la petite phrase eut un effet contraire, faisant écho aux malheureux «sans dents» de François Hollande. Et ce d'autant qu'Emmanuel Macron inaugurait ce jour-là un incubateur de start-ups, la Station F, hébergée dans une ancienne et majestueuse halle du XIXe siècle, près de la gare d'Austerlitz, à Paris, en compagnie du fondateur de Free et actionnaire du Monde, Xavier Niel, et de la maire socialiste de Paris, Anne Hidalgo.

Le président agit volontiers seul et vite, quitte à s'affranchir des conventions. Proche de l'esprit start-up, cette manière de gouverner ne constitue donc pas un reniement de ses promesses de campagne, à l'exception près que l'esprit participatif s'est perdu en chemin. A l'image de LREM, qui se voulait une plateforme horizontale mais s'est révélé être une structure verticale et, selon nombre de témoignages de militants qui d'ailleurs sont nombreux à quitter le mouvement), creuse, le quinquennat d'Emmanuel Macron se déroule par bien des aspects en marche forcée. Déçus, de nombreux Français découvrent ainsi qu'un ancien lycéen d'Henri IV, passé par l'Ecole nationale d'administration et l'Inspection des finances avant d'intégrer les hautes sphères de la banque mondiale, n'a finalement que peu d'intérêts communs avec la «France périphérique», selon l'expression du géographe Christophe Guilluy. Or pour l'instant, les anciens garde-fous, de l'opposition parlementaire aux syndicats en passant par les débats internes au parti présidentiel, ne semblent plus à même de remplir leur fonction. Sans doute est-ce là le véritable «casse du siècle».

Bilan de cette première année : malgré les affaires, les clivages, et les charges parfois virulentes de certains opposants (notamment à l'extrême gauche), Macron apparaît comme un président ferme, orgueilleux, autoritaire, direct, avec une volonté d'aller de l'avant qui - il est vrai - n'avait pas été observée depuis un certain nombre d'années. Il aura réussi le tour de force de morceler les partis politiques existants, que ce soit à l'extrême-droite (FN et Patriotes), à droite (mais dans une mesure moindre : Agir, et Les Républicains), et surtout à gauche, avec l'éclatement et l'effondrement du PS et des Verts. La gauche radicale et communiste, déjà peu représentée, est divisée (le PCF ne soutient par exemple pas officiellement le PG, parti de Mélenchon). Dans la rue, Mélenchon et la CGT peinent à rassembler (pas comme en 2016 avec la Loi Travail) et vont certainement droit dans le mur puisque Macron ne cèdera pas. Le bilan, comme la confiance (41 % des Français disent qu'il est un bon président), sont plutôt bons. Attention cependant à trouver une véritable ligne (à défaut d'un projet conséquent), et enfin, à l'attention des Français : Macron n'est pas de droite. Il n'est pas tout à fait de gauche. Il n'est pas ultra-libéral, même si grâce à son action, des entrepreneurs ont préféré rester en France plutôt que de fuir - même si c'est encore très compliqué dans certains secteurs de créer sa start-up, même avec la fiscalité favorable qui s'annonce. Bref, ce fut une première année rebondissante, et pour juger ses réformes, nous devons encore attendre a minima 2 ans. Pour Macron, l'accès à l'Elysée n'était pas un aboutissement : au contraire. Ce n'est que le début de l'Histoire.

Puisque vous êtes encore là...

Nous avons deux choses à vous dire : Premièrement, nous souhaitons garder une indépendance et une rigueur qui fait tant défaut actuellement. Pour cela, nous avons besoin d'un coup de pouce, et ce coup de pouce ne peut être donné que par vous, fidèles lecteurs. Même un euro suffit. Nos coûts sont les suivants : achat d'un micro, de matériel vidéo pour financer un nouveau projet, maintenance du site web, promotion sur les réseaux sociaux. Nous voulons que le site reste entièrement gratuit, c'est pour cela que nous avons besoin de vos dons. En échange, vous aurez accès à des services exclusifs.
La deuxième, c'est que la version 2.0 arrive : testez-là dès à présent !

Partager sur