L'audiovisuel public, une honte pour la République selon Macron

par Stanislas Racine 05 Décembre 2017

Lors d'une réunion lundi devant 70 députés, le président de la République s'est montré très critique, voire violent, à l'égard de l'audiovisuel public. La transformation de ce secteur devrait être au cœur de son mandat.

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Avis de tempête sur l'audiovisuel public. Les mois qui viennent risquent d'être très agités pour les patrons à la tête des différents groupes qui le compose. La raison ? Selon l'Express, le chef de l'État se serait livré lundi soir, devant les députés de la commission des affaires culturelles et de l'éducation, à un violent réquisitoire contre les entreprises de ce secteur. Mauvaise gestion, gaspillage, programmes et contenus médiocres, relations incestueuses entre l'audiovisuel et ses partenaires tels que les animateurs ou les producteurs... rien, ou presque n'a visiblement été épargné. Le président de la République aurait même affirmé que l'audiovisuel public était « la honte de la République », rapporte l'hebdomadaire.

Des paroles d'une rare violence, prononcées devant les seuls députés de la majorité LREM/MoDem puisque les élus de l'opposition ne sont jamais conviés à ces rendez-vous officieux à l'Élysée. «Il a tenu un discours privé dans le cadre d'une réunion privée. Les propos du président de la République ont été déformés. Il s'agit d'une interprétation et d'une déformation plus qu'autre chose», a tenté de déminer un membre LREM de la direction de la commission des affaires culturelles et de l'éducation.

A l'Élysée, on «dément complètement la phrase prêtée au Président de la République». «J'étais juste en face d'Emmanuel Macron, au premier rang, à 60 cm de lui… Et je n'ai pas entendu ces mots», renchérit Claire O'Petit, députée LREM de l'Eure. Mais l'élue confirme néanmoins que le Président«a dressé un constat négatif de la situation sur pas mal de choses. Il a dit qu'il n'était pas favorable à la situation actuelle. Il y a de sa part une volonté certaine d'améliorer ce service public qui en a bien besoin. Alors oui, il a été virulent, et il a eu raison de l'être». Quand bien même Emmanuel Macron n'aurait pas qualifié stricto sensu l'audiovisuel public de «honte de la République», le ton est néanmoins donné. Oui, le Président compte bien s'atteler à l'épineux dossier de l'audiovisuel public. Et non, il ne faut pas s'attendre à ce que cette réflexion débouche sur de simples «mesurettes».

Un grand verre d'eau

En ouverture du colloque sur les stratégies des groupes audiovisuels européens organisé mardi par la Chaire audiovisuel et numérique de l'université Panthéon-Assas, la ministre de la Culture Françoise Nyssen l'a d'ailleurs confirmé: «C'est un chantier au cœur du projet présidentiel qui consiste à conduire les transformations que la France n'a pas su engager au cours des dernières années.»

L'idée selon laquelle l'audiovisuel public doit «accélérer sa propre mutation en média global», comme l'a rappelé la ministre, est partagée depuis longtemps par le Sénat. Voilà deux ans, la chambre haute avait produit un rapport suggérant de créer une «BBC à la française». Mardi, Catherine Morin-Desailly, la présidente de la commission Culture du Sénat a rappelé qu'«une réforme de l'audiovisuel public était indispensable et que celle-ci devait également concerner son financement».

L'équation est à la fois «complexe et simple». Il s'agit de «dégager des marges de manœuvre pour les sociétés de l'audiovisuel» sans forcément passer par des ressources publiques en menant de front «un travail important de réductions de coûts et de remise en cause de certaines activités». Sur ce point, Catherine Morin-Dessailly ne mâche pas ses mots, reprochant aux patrons de l'audiovisuel public « leur intérêt pour la multiplication des ressources: c'est le fameux « fromage et dessert » qui en 2018 sera remplacé par un grand verre d'eau je l'espère ». L'avertissement est lancé.

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