Cyril Ramaphosa nommé à la tête de l'Afrique du Sud

par Stanislas Racine 17 Février 2018

Après la démission de Jacob Zuma, Cyril Ramaphosa va diriger le pays jusqu’en avril 2019, date des prochaines élections générales. Il s'est engagé à faire de la lutte contre la corruption la priorité de son programme.

"Je déclare l'honorable Cyril Ramaphosa officiellement élu président de la République d'Afrique du Sud", a proclamé le président de la Cour constitutionnelle, Mogoeng Mogoeng. Juste après son élection, le nouveau dirigeant de l’Afrique du Sud a promis d’endiguer la corruption. Car il n’a pas oublié les conditions de son accession au pouvoir et surtout celles de celui qu’il vient de remplacer à la  tête du pays. C’est pourquoi, il a très tôt pris ses distances avec les pratiques de Jacob Zum, qui ont écorné l’image de l'ANC, le Congrès national africain au pouvoir depuis 1994.

Au-delà des engagements formels pris devant les parlementaires, Cyril Ramaphosa fera-t-il un bon président ? La chercheuse Marianne Severin, spécialiste de l’Afrique du sud, reste prudente. "Il a une lourde tâche, redresser le parti, redresser l’Afrique du Sud, l’économie. En fait, il a un cahier de charges extrêmement lourd. C’est sur du long terme qu’on va voir s’il va être un bon président", estime-t-elle. "Lorsque les gens arrivent au pouvoir, parfois, on a des surprises. Donc on va dire comme, en anglais : Wait and see (attendre et voir, ndlr)".

Les sud-africains soulagés

La démission de Jacob Zuma a été bien accueillie par la population, agacée par les multiples frasques du désormais ex-président. "Je crois qu'il va faire mieux, beaucoup mieux. Sur le plan financier, il n’y aura plus de corruption. C'est la personne qu'il faut. Je crois qu'il va nous rappeler au souvenir de Mandela, notre premier président noir ", a confié ce militant de l’ANC à la DW.

"Je crois que la situation va s’améliorer. Ce sera un changement pour notre pays. De l’emploi pour les Sud-Africains et pour les jeunes, c’est ce que je souhaite. Nous lui faisons confiance. Nous pensons qu’il y arrivera parce qu’il est aussi un homme d’affaires. On aura un bel avenir parce qu’il s’y connaît. Il est dans les affaires", a poursuivi un autre.

La fondation Nelson Mandela estime pour sa part, que "c'est la fin d'une période où la plus haute fonction du pays a été détournée en vue d'un pillage généralisé des coffres du pays."

Les conséquences de cette démission ont même été ressenties sur les marchés. L'indice de la bourse de Johannesburg a augmenté jusqu'à +2,7% et la devise nationale, le rand, à  atteint son plus haut niveau face au dollar depuis trois ans, soit 11.65 R pour 1 USD. Pour de nombreux observateurs, l'élection de Cyril Ramaphosa "marque la fin d'une période d'incertitudes politique et économique qui a considérablement pesé sur la croissance de l'Afrique du Sud".

L’opposition prudente

Julius Malema, un ancien militant de l’ANC, est l’un des farouches opposant de Jacob Zuma.

L'opposition a elle aussi applaudi l'annonce du départ de Jacob Zuma. "Toute la nation a été victime depuis plus de dix ans d'un délinquant et d'un imposteur (...), il va rejoindre les poubelles de l'histoire", a lancé, Julius Malema, le chef des Combattants pour la liberté économique, EFF, gauche radicale, qui est l’un des pourfendeurs les plus tenaces de Jacob Zuma. L’ancien membre de la ligue des jeunes de l’ANC s’est refusé cependant a accordé le bénéfice du doute au nouveau président, qu’il va surveiller de "très près". "Zuma est parti, maintenant je vais m'occuper d'eux", a ajouté, Julius Malema.

"Nous n'avons pas un problème avec Jacob Zuma, nous avons un problème avec l'ANC", a renchéri, devant les députés le chef de l'Alliance démocratique (DA), Mmusi Maimane, appelant à la dissolution du Parlement et à des élections anticipées. Ces deux petites formations politiques de gauches ont infligés de sérieux revers á l’ANC, lors des dernières élections locales de 2016. Julius Malema et Mmusi Maimane, promettent de priver, en avril 2019, la très historique ANC de la majorité absolue, qu’il détient depuis 1994, date de son accession au pouvoir, sous la férule de Nelson Mandela. 

Cyrille Ramaphosa devra détailler les axes de sa politique ce vendredi, lors de son premier discours sur l’état de la nation. Un discours qu’aurait dû prononcer, il y a une semaine, Jacob Zuma, le désormais ex-président.

Famille Gupta

La richissime famille Gupta, proche de Jacob Zuma est dans le viseur de la justice sud-africaine.

Symbole des nombreux scandales de corruption imputés à Jacob Zuma, la fratrie des Gupta est dans le viseur de la justice. La police a annoncé ce jeudi avoir lancé un mandat d'arrêt contre l'un des frères de cette sulfureuse famille. Elle semblait, jusqu’à la démission de Jacob Zuma, intouchable. Ajay Gupta, serait recherché dans le cadre d'une des nombreuses affaires dites de "capture de l'Etat".

La famille Gupta est accusée d'avoir mis en place, avec la complicité de l'ancien président et de ses proches, un vaste système de pillage des deniers de l’Etat. Mercredi, leur luxueuse propriété de Johannesburg a été perquisitionnée et huit personnes inculpées.

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