Debussy : révolution éclectique

par Raphaël Godefroid 01 Avril 2018

« Il n’y a pas d’école Debussy, je n’ai pas de disciples, je suis moi ». Mort il y a cent ans cette année, le compositeur Claude Debussy (1862-1918) reste encore un OVNI dans le paysage musical mondial dans ce qu’il a de plus large.

 

Si cette musique est si particulière, si difficilement appréhendable au premier abord mais si magique, c’est sûrement dû à la personnalité de son auteur et avant tout à la multiplicité de ses influences.

Debussy, c’est avant tout un homme de la pluralité. Ses œuvres sont les points de convergences de flux culturels multiples. De la musique, Claude Debussy ne retiendra pas de maîtres, mais s’inspirera de Wagner, de Chopin (pour ses préludes entre autres). Mais Debussy est surtout un amateur d’images et de voyages. A défaut de pouvoir voyager, il s’immergera dans ces univers inaccessibles au travers de peinture mais aussi de littérature. Ainsi, nombre de ses œuvres sont directement inspirées de poèmes, de Verlaine notamment, quand il ne les met pas carrément en musique.

L’Asie, l’orientalisme sont aussi des sources d’inspirations pour le compositeur, originaire de Saint-Germain-en-Laye. Sur son bureau trône une petite statue de Bouddha et le compositeur se nourrit d’estampes, de tableaux lointains comme La vague qui sera la couverture de la partition de sa grande fresque orchestrale « La Mer ». Debussy plonge dans cet art en 1889 (il découvre Wagner à Bayreuth la même année) lors de l’Exposition Universelle à Paris.

"la vague" de Hokusai

La peinture est une source d’inspiration formidable et semblant intarissable pour lui. De ce fait, beaucoup débattent sur le style de peinture auquel le compositeur pourrait correspondre. Mais définir cela n’est pas chose aisée quand comme on l’a vu, Claude Debussy s’inspire de tout. Pour le pianiste Philippe Cassard, auteur d’une intégrale de l’œuvre pour piano du compositeur, ainsi que d’une biographie, la musique de Debussy se rapporte assez bien aux tableaux de Joseph Mallord William Turner

Alors fatalement, Debussy casse les codes. Il casse la forme classique des morceaux pour libérer de manière révolutionnaire l’œuvre musicale. Là où Brahms, Beethoven développent un thème annoncé au début pendant tout le morceau, il préfère une construction linéaire et se libère des carcans scolaires très rapidement. On prête au spectateur et critique musical qu’il était, cette phrase devant des œuvres que l’on pourrait qualifier de classiques : « Au secours ! Il va développer ! ».

Toutefois, si le monde entier retient la musique de Debussy encore aujourd’hui, ce n’est pas parce qu’elle s’affranchit de la forme ABA’ couramment utilisée en musique à l’époque, mais c’est surtout parce que sa musique est une sorte de pause dans le temps, d’instant de vision d’un paysage parfois précisément décrit dans le titre comme par exemple pour ses préludes dont la cathédrale engloutie. Debussy, c’est une musique extrêmement précise mais aussi formidablement évocatrice.

Debussy, c’est de fait une expérience à vivre au moins une fois dans sa vie, les yeux fermés mais les oreilles ouvertes, c’est un petit voyage à très bas prix vers des contrées lointaines. Debussy, c'est un instant passé en suspens et, comme dirait le philosophe Vladimir Jankélévitch, un « avant-propos éternel d’un propos qui jamais n'adviendra ».

 

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