Marc Zuckerberg veut (vous faire croire) que vous passiez moins de temps sur Facebook

par Stanislas Racine 09 Février 2018

Le PDG du réseau social a annoncé que le temps passé sur Facebook avait chuté de 5% au quatrième trimestre 2017 et s'en réjouit. Décryptage.

Ce n'est pas vraiment une phrase que l'on attendait du PDG de Facebook. Pourtant, mercredi 31 janvier, Mark Zuckerberg s'est bien réjoui que les internautes passent moins de temps sur son réseau social. «Grâce à différentes mises à jour, nous estimons que le temps passé sur Facebook a chuté de 5 %», a-t-il expliqué devant des analystes, alors qu'il présentait les résultats financiers du réseau social pour le quatrième trimestre. «En d'autres termes, nous avons fait des changements qui ont diminué le temps passé sur notre réseau social de 50 millions d'heures par jour, pour être sûrs que ce temps soit de qualité.» Même si la déclaration paraît étonnante de prime abord, il s'agit en fait d'une annonce logique et soigneusement calibrée. Décryptage.

Ce chiffre n'est pas si gros

De prime abord, le chiffre de 50 millions d'heures par jour peut paraître important. Il faut pourtant le remettre en perspective. Facebook revendique aujourd'hui 1,4 milliard d'utilisateurs qui se connectent tous les jours sur son service. En moyenne, chacun d'entre eux a donc diminué son temps passé sur le réseau social de 0,03 heure ... Soit environ deux minutes. Certes, il s'agit bien d'une baisse. Mais à titre individuel, elle est relativement modeste.

Facebook a tout intérêt à communiquer sur cette baisse...

L'année 2017 n'a pas été simple pour Facebook. «Fake news», soupçon de manipulation de l'élection américaine par la Russie, crise des médias ... Le réseau social a été très critiqué sur les effets pervers de son fonctionnement. Le fil d'actualité, pièce centrale du service, est régi par des algorithmes, qui choisissent automatiquement quels contenus mettre en avant. Ce système a encouragé la création de contenus spécialement conçus pour plaire aux programmes d'indexation de Facebook, et ainsi profiter de son audience massive. Vidéos courtes, publications qui encouragent à «liker ou partager», etc. Outre de participer à la création de contenus viraux et creux, c'est toute cette mécanique qui est au coeur du problème de «fake news» de Facebook. Particuliers ou organisations publient des informations fausses dans le seul but de faire réagir les internautes, de les pousser à cliquer sur des pages et permettre aux créateurs d'engranger des revenus publicitaires. En annonçant que le temps passé sur ses pages baisse un peu, Facebook affirme au monde qu'il a bien conscience de sa responsabilité dans ce système, et qu'il veut remédier à ces problèmes, en misant sur la qualité plutôt que sur la quantité. Une manière de se donner un meilleur rôle. Et de rassurer au passage les annonceurs, inquiets que leurs publicités se retrouvent adossées à des contenus douteux.

...et c'est une bonne chose pour son avenir

Le temps passé sur Facebook n'est pas qu'un enjeu de communication. Le réseau social est aussi inquiet pour son avenir. Créé à l'origine pour faciliter la communication entre les étudiants, il est ensuite devenu la plateforme de choix pour communiquer avec ses proches et ses amis. Mais depuis quelques années, les publications professionnelles ou semi-professionnelles, provenant de pages ou de comptes officiels, ont tendance à submerger les contenus personnels. C'est une mauvaise nouvelle pour Facebook. Son modèle économique repose essentiellement sur les publicités qu'il affiche sur son application et son site Web, et donc sur l'attention des internautes. Or, nous avons tendance à davantage interagir avec des contenus publiés par nos proches que sur une publication d'une page tierce. Trop de contenus creux, dont le seul but est d'être viral, pourrait finir par ennuyer l'utilisateur, voire le détourner du réseau social. Facebook veut donc se débarasser de cette consommation passive de contenus, ou au moins la diminuer. «En nous concentrant sur les interactions qui ont du sens, je pense que le temps passé sur Facebook sera de plus grande qualité», a assuré Mark Zuckerberg mercredi soir. «Si nous donnons plus de valeur à notre service, notre communauté et notre business en seront renforcés sur le long terme.» Par exemple, c'est pour cette raison que le réseau social a décidé de revaloriser les publications issues de groupes privés dans le fil d'actualité, et de déclasser celles provenant de médias. Pour l'année 2017, Facebook a engrangé un chiffre d'affaires de 40,6 milliards de dollars. Ses profits annuels se sont eux élevés à 16 milliards de dollars.

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