La guerre commerciale entre la Chine et les États-Unis prend forme

par Stanislas Racine 23 Mars 2018

Après l'annonce par Donald Trump de mesures punitives portant sur un volume de 60 milliards de dollars d'importations chinoises, Pékin menace d'instaurer des droits de douane sur une centaine de produits. Les Bourses asiatiques dégringolent.

Entre la Chine et les États-Unis, les hostilités sont lancées. Donald Trump vient de signer un «memorandum ciblant l'agression économique de la Chine». Le président américain a évoqué des mesures punitives contre des importations chinoises d'un montant pouvant atteindre 60 milliards de dollars. La réplique chinoise ne s'est pas fait attendre: Pékin a dévoilé cette nuit une liste de 128 produits, ou lignes tarifaires, sur lesquelles elle se dit prête à appliquer des droits de douane de 15% ou 25%. La nouvelle a immédiatement fait plonger les Bourses asiatiques. À Tokyo, le Nikkei a perdu 4,51% à la clôture. La Bourse de Hong Kong a décroché de 3,07% tandis que celle de Shanghai a perdu 3,39%. Avant elles, les Bourses américaines avaient aussi décroché. À la clôture, le Dow Jones a plongé de 2,93%, signant sa plus forte baisse depuis le 8 février, et le Nasdaq a lâché 2,43%.

La menace d'une escalade prend forme depuis quelques jours. En début de semaine, la Maison Blanche avait déjà fait savoir qu'elle envisageait de cibler les produits «Made in China» dans les secteurs des technologies de l'information, de l'électronique grand public et des télécoms. Aujourd'hui, la Chine réplique en ciblant fruits frais, vin, éthanol, ginseng, tubes d'acier sans soudure (taxés à 15%) mais aussi la viande de porc et l'aluminium recyclé (frappés à hauteur de 25%). Certes, à environ 3 milliards de dollars, le montant concerné est faible et la liste ne comprend pas le soja, produit dans les États ayant soutenu Donald Trump pendant la campagne présidentielle, et que les Américains ont exporté en Chine à hauteur de 14 milliards de dollars l'an dernier. De même, la réponse chinoise ne s'applique pas immédiatement, Pékin souhaitant laisser la porte ouverte à des négociations.

Mais le ton employé par la Chine rend la menace d'une escalade réelle. «La Chine n'a en aucun cas peur d'une guerre commerciale», a ainsi averti le ministère chinois du Commerce. «Si une guerre commerciale devait être lancée par les Etats-Unis, la Chine se battrait jusqu'au bout pour défendre ses propres et légitimes intérêts par tous les moyens nécessaires», avait également menacé dès jeudi soir l'ambassade de Chine à Washington.

Côté américain, le ton n'est pas non plus à l'apaisement. Donald Trump, qui reproche à la Chine son colossal excédent commercial avec les États-Unis (375,2 milliards de dollars en 2017 selon les douanes chinoises), a répété jeudi avoir demandé aux plus hauts représentants chinois «de réduire, immédiatement, ce déficit de 100 milliards de dollars». «Le mot-clé est réciproque», a-t-il insisté.

Le représentant américain pour le Commerce, Robert Lighthizer, a insisté sur le fait que les sanctions annoncées n'étaient que «le prélude à une série de négociations». Mais en attendant, les deux pays se sont dits prêts à déclencher des procédures devant l'Organisation mondiale du commerce (OMC) afin de régler leurs différends.

Partager sur