Jérusalem reconnue comme capitale d'Israël, le Proche Orient s'embrase

par Stanislas Racine 07 Décembre 2017

Il l'avait promis durant la campagne présidentielle de 2016. Il a tenu sa promesse, et - contre toutes les déclarations des dirigeants du monde entier - l'a fait. Jérusalem sera désormais considérée comme la capitale d'Israël par les Etats-Unis, qui y transféreront leur ambassade. Une flambée de violences est à craindre, le chef musulman du Hamas ayant appelé à "une nouvelle intifada".

Donald Trump a officialisé ce 6 décembre depuis la Maison blanche la reconnaissance de Jérusalem comme capitale israélienne par les Etats-Unis, une décision annoncée depuis plusieurs jours. « J'ai déterminé qu'il était temps de reconnaître officiellement Jérusalem comme capitale d'Israël » a déclaré le président américain, ajoutant : « De nombreux présidents ont dit qu'ils voulaient faire quelque chose [dans ce sens] et ils ne l'ont pas fait. » Il a revendiqué une une « nouvelle approche » sur le conflit israélo-palestinien, tout en assurant qu'il ferait son possible pour qu'un accord de paix soit trouvé. "Israël est un État souverain qui a le droit de choisir sa capitale. Lui nier cette réalité porte atteinte aux chances de paix", a-t-il poursuivi.

A rebours de plusieurs décennies de prudence de la diplomatie américaine sur ce sujet hautement délicat, Donald Trump estime qu'il s'agit d'une «reconnaissance d'une réalité historique».

Le locataire de la Maison Blanche a par ailleurs ordonné les préparatifs pour le transfert de l'ambassade des Etats-Unis de Tel-Aviv de Jérusalem. Il n'a cependant pas fixé de calendrier pour ce déménagement qui devrait prendre «des années». Il faudra en effet aux Etats-Unis trouver un site, financer et construire une nouvelle ambassade.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou s'est félicité d'un «événement historique».

Pour de nombreux dirigeants arabes, parmi lesquels ceux de l'Autorité palestinienne, il s'agit d'un véritable casus belli. En effet, Jérusalem-Est, annexée illégalement par Israël en 1967, est revendiquée par les Palestiniens comme capitale de l'Etat dont ils espèrent depuis de longues années une reconnaissance internationale. Le statut de Jérusalem est l'une des principales questions sur lesquelles se déchirent Israéliens et Palestiniens.

En outre, la quasi-totalité de la communauté internationale, qui n'a jamais reconnu Jérusalem comme capitale de l'Etat hébreu, ni l'annexion de sa partie orientale en 1967, s'est opposée au choix annoncé des Etats-Unis. En particulier, 57 pays musulmans de l'Organisation de la coopération islamique (OCI)ont qualifié le 3 décembre le transfert de l'ambassade d'«attaque flagrante contre les nations arabes et musulmanes», et annoncé qu'ils tiendraient un sommet si la décision était actée.

Une promesse de campagne qui pourrait raviver de fortes tensions

Durant sa campagne, Donald Trump avait promis de faire déménager l'ambassade des Etats-Unis à Jérusalem, se conformant ainsi à une loi du Congrès adoptée en 1995 mais dont l'application est bloquée tous les six mois depuis 20 ans par les présidents américains qui se sont succédé. 

Mais le moment auquel intervient cette annonce pourrait bien jeter de l'huile sur le feu. Alors que le Hamas et l'Autorité palestinienne, en conflit ouvert depuis plusieurs années, viennent de signer un accord ouvrant la voie à une possible réconciliation, l'annonce de la Maison Blanche pourrait bien fragiliser les minces espoirs de paix.

Des roquettes tirées vers Israël

L'armée israélienne a fait savoir que deux roquettes avaient été tirées depuis la bande de Gaza, sans que celles-ci ne puissent atteindre le territoire de l'Etat juif. Selon The Times of Israel, ces roquettes se seraient abîmées en mer.

Tandis que le Hamas a appelé à une «nouvelle Intifada» après la reconnaissance par les Etats-Unis de Jérusalem comme capitale d'Israël, de premiers affrontements entre des Palestiniens et l'armée israélienne ont eu lieu le 7 décembre.

Au lendemain de cette décision donc, de premiers affrontements entre des Palestiniens et l'armée israélienne ont eu lieu à Bethléem le 7 décembre. Quelques heures plus tôt, le Hamas avait appelé à une «nouvelle intifada» contre «l'ennemi sioniste».

Des canons à eau ont notamment été utilisés par les forces de sécurité israéliennes contre les manifestants, qui lançaient des projectiles en leur direction.

Un drapeau américain brûlé par des manifestants musulmans palestiniens

A Gaza, l'armée israélienne a décidé d'accroître son dispositif, «Des bataillons supplémentaires vont renforcer la zone, ainsi que des unités de combat et de renseignement et des unités de défense territoriales», a fait savoir Tsahal, cité par The Times of Israel.

Les réactions politiques

Emmanuel Macron a qualifié de «regrettable» le transfert de l'ambassade des Etats-Unis en Israël de Tel Aviv à Jérusalem décidé par Donald Trump. Cela implique la reconnaissance de facto de cette ville comme la capitale de l'Etat hébreu.

Si Netanhayou était très content, et a qualifié cette décision "d'historique et d'attendue pour le pays", les autres pays ont tous montré leur désapprobation. Dans la classe politique française, l'annonce divise - même au sein du FN. Seule la République tchèque a reconnu Jérusalem comme capitale unique - et a dans ce sens suivi les Etats-Unis. Le leader du Hamas a appelé à "une nouvelle intifada", l'Iran, la Turquie, la Jordanie, l'Allemagne ou même le Royaume-Uni, pourtant allié inconditionnel des Etats-Unis, ont exprimé leur désapprobation, leur mécontement de cette décision. A contre courant du processus de paix, oui. C'est ce que craignent la majorité des pays : c e processus, déjà très affaibli, va droit dans le mur suite à cette décision (pour les experts internationaux et d'après les rapports de l'ONU). La France et l'Allemagne, notamment, ont rappelé que Jérusalem doit être la capitale d'Israël, mais pas seulement : elle doit être la capitale des deux états ; Jérusalem-Ouest doit servir de capitale pour Israël, la partie Est pour la Palestine. C'est une décision historique, mais elle ne restera pas sans conséquences. Et surtout, oelle va renforcer l'idée soutenue par de nombreux musulmans et pays arabes de par le monde : celle d'un contrôle des Etats-Unis par un état sioniste.

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