Le lancement de Falcon Heavy vers Mars est une première, et un sans-faute

par La rédaction La Plume Libre 06 Février 2018

À 21h45, le Falcon Heavy de SpaceX s'est élancé dans l'espace pour la première fois, devenant la plus fusée la plus puissante depuis la Saturn V qui envoya des Américains sur la Lune. Deux des trois propulseurs ont réatterri en douceur. Une première - et un évèneùent historique.

Tous ont applaudi, se sont levés, ont crié. L'heure est à l'exultation du côté des employés de SpaceX devant cette réussite incroyable - qui semblait impossible il y a quelques mois. Ce mardi 8 février 2018 restera marqué dans l'histoire. À 15h45 heure locale (21h45 chez nous), la Falcon Heavy d’Elon Musk s’est arrachée ce mardi 6 février 2018 de son pas de tir dans un grondement assourdissant, un énorme nuage de fumée et comme au ralenti… Destination : une orbite héliocentrique (autour du soleil) proche de Mars. Et, à plus long terme, la conquête de la planète rouge.

Constitué de trois fusées Falcon 9, le lanceur lourd de SpaceX était tout simplement la plus grosse fusée à s’élancer du Centre spatial Kennedy, en Floride, depuis la fameuse Saturn V qui envoya des Américains sur la Lune, entre 1969 et 1973, au cours des fameuses missions Apollo. Mais en fait de charge utile, Falcon Heavy emportait hier dans sa coiffe la voiture personnelle du PDG de SpaceX, une Tesla rouge (marque de voiture électrique également fondée par le prolifique ingénieur-milliardaire). Conduite par un mannequin en combinaison spatiale baptisé Starman au son de la chanson Space Oddity de David Bowie, le roadster d’Elon Musk devrait graviter autour de Mars pour quelques millions d’années, comme son propriétaire en avait rêvé : «J’adore l’idée d’une voiture dérivant à l’infini dans l’espace et qui sera peut-être découverte par une race extraterrestre dans des millions d’années», avait-il expliqué l’an dernier.

Passé maître dans l’art du buzz techno-médiatique, l’entrepreneur d’origine sud-africaine a donc réussi la première partie de son pari, comblant les quelque 120000 curieux venus assister sur place au lancement. Et des millions d’autres qui suivaient le show planétaire en direct. Malgré les 18 tirs réussis par son «petit» lanceur Falcon 9 en 2017, Elon Musk confiait pourtant en juillet dernier qu’il serait déjà très heureux si sa fusée géante ne détruisait pas son pas de tir au décollage: «Je considérerais déjà ça comme un succès.»

Initialement prévu en 2013 et maintes fois repoussé, le voyage inaugural d’une telle fusée était effectivement un défi technique de haut vol. Avec ses 70 mètres de haut, ses deux boosters latéraux et au total 27 moteurs Merlin, Falcon Heavy délivre en effet une poussée au décollage de 2 500 tonnes – l’équivalent de 18 Boeing 747. Une puissance phénoménale qui lui permettra d’envoyer 63,8 tonnes de matériel en orbite terrestre basse et jusqu’à 16,8 tonnes vers Mars.

Le fait qu’un tel lanceur se soit élevé dans le ciel en un seul morceau est déjà un exploit en soi. Mais une fois le lancement réussi, le plus difficile restait à venir pour SpaceX : récupérer les trois propulseurs de la fusée en les faisant réatterrir en douceur, selon la technique que la firme d’Elon Musk maîtrise désormais parfaitement pour les Falcon 9. L’étage principal – central – de la fusée était attendu sur une barge en mer, mais les caméras du bateau ont flanché au moment de l'atterrissage – on attend de plus amples nouvelles.

De leur côté, les deux boosters latéraux ont visé une cible à terre et atterri simultanément. C'était beau... D'autant plus que «les chances de réussite sont faibles, comme le reconnaissait là encore Musk – mais ça vaut le coup d’essayer.»

Les deux boosters latéraux de la Falcon Heavy atterrissent avec succès, simultanément.Les deux boosters latéraux de la Falcon Heavy atterrissent avec succès, simultanément.

Si le succès total de la mission se confirme, ce sera un grand pas vers la relance de la conquête spatiale. Avec le support technologique et les milliards de la Nasa, Elon Musk veut faire de Falcon Heavy un véritable taxi de l’espace à destination de la Station spatiale internationale, de la Lune et de Mars. Mais le premier succès de sa super fusée annonce aussi un vrai tournant pour le marché des satellites. Après avoir propulsé la Tesla d’Elon Musk dans l’espace, Falcon Heavy devrait en effet mettre sur orbite des charges utiles dès cette année. Grâce à son concept de fusées récupérables, SpaceX annonce un tarif à 90 millions de dollars pour ses futurs lancements commerciaux, contre 60 millions environ pour la Falcon 9 et 100 millions pour Ariane 5. Jusqu’ici, le lanceur le plus lourd, la Delta IV Heavy d’United Launch Alliance, proposait des tirs à 350 millions de dollars… Autant dire que le roi du «New Space» est en train de casser les prix. Et il n’est pas seul: le fondateur d’Amazon, Jeff Bezos, qui a fondé la firme Blue Origin, prépare lui aussi son gros lanceur, la fusée New Glenn.

SpaceX devait aussi tenter une nouvelle première, la récupération des trois premiers étages du lanceur. Le plan de vol prévoyait que les deux boosters latéraux reviennent se poser près du rivage de Cap Canaveral un peu moins de 8 minutes après le décollage. Le corps central devant ensuite se poser sur une barge flottant sur l'Atlantique quelques secondes plus tard. Les deux boosters latéraux ont réussi à se poser comme prévu, à la seconde près. Le sort de l'étage central reste plus incertain. SpaceX a coupé la retransmission sans avoir diffusé les images de sa récupération éventuelle. L'hypothèse la plus probable est qu'il se soit abîmé en mer.

Cette récupération de 27 des 28 moteurs du lanceur (le deuxième étage n'a qu'un moteur) est au cœur de la stratégie de SpaceX pour réduire les coûts. Le prix catalogue d'un Falcon Heavy est ainsi affiché à 90 millions de dollars, alors que son plus proche concurrent américain, le Delta IV Heavy d'United Launch Alliance, coûte au moins 350 millions de dollars.

Même avec cet argument de prix, Falcon Heavy n'a plus une place très importante dans la stratégie d'Elon Musk. Car entre le moment où il a la première fois parlé de ce lanceur lourd, en 2011, et aujourd'hui, les performances de Falcon 9 ont progressé de 86 %. Un gain qui rend ce dernier parfaitement adapté pour emporter tous les satellites existants, même les plus lourds. La version à trois corps devenant alors beaucoup trop puissante pour les besoins du marché.

Fort de cette réussite, le magnat de l’espace va pouvoir passer à la suite de son programme: Objectif Mars. SpaceX, qui a déjà lancé les plans d’une fusée encore plus grosse, la «BFR» - pour «Big Falcon Rocket» ou «Big Fucking Rocket» - promet ainsi deux vols cargo vers la planète rouge dès 2022, puis quatre en 2024, dont deux habités ! Mais de l’aveu même d’Elon Musk, le billet de retour ne sera pas garanti.

Partager sur