Le gouvernement décide d'abandonner le projet d'aéroport à Notre-Dame-des-Landes

par Stanislas Racine 17 Janvier 2018

C'était une décision aussi attendue que difficile : le gouvernement a finalement décidé d'abandonner le projet de construction d'un aéroport à Notre-Dame-des-Landes, malgré les promesses électorales de Macron. L'évacuation de la ZAD aura néanmoins lieu très prochainement.

Ce 17 janvier, le gouvernement, après un conseil des ministres où des «échanges sur Notre-Dame-des-Landes» ont eu lieu, selon l'ordre du jour dévoilé la veille au soir, a finalement décidé d'abandonner le projet très controversé de construction d'un aéroport à Notre-Dame-des-Landes, en Loire-Atlantique.

Après plusieurs décennies de débats agités, le projet est finalement abandonné et va être remplacé par des travaux d'aménagement de l'actuel aéroport Nantes-Atlantique, comme l'envisageaient les médiateurs dans leur rapport remis le 13 décembre.

La fin d'un enlisement politique vieux de 50 ans

La contestation contre Notre-Dame-des-Landes semblait aussi ancienne que le projet. Ainsi, en 1973, soit seulement cinq ans après le choix de la zone, un territoire rural au nord de Nantes, une première association d'opposants voit le jour. C'est l'Association de Défense des exploitants concernés par l'Aéroport (Adeca). Rapidement, la zone d'aménagement différée (ZAD) est rebaptisée par ses détracteurs la «zone à défendre».

Dans les années 2000, le mouvement anti-aéroport change de dimension. Un premier camp s'installe sur les 1225 hectares du site en 2006. C'est le début de l'occupation. Les militants sont appelés les «zadistes». La procédure de débat public est terminée, mais n'a pas permis de déboucher sur un consensus. Les recours administratifs commencent à s'accumuler devant les tribunaux.

Pour obtenir le retour des écologistes au gouvernement, le président François Hollande propose, en février 2016, la tenue d'un référendum local sur le nouvel aéroport, réservé aux habitants du département de Loire-Atlantique. La participation se révèle moyenne (51%). Les pros Notre-Dame-des-Landes l'emportent, à l'été 2016, avec 55% des suffrages. Dans l'agglomération de Nantes, ils l'emportent d'une centaine de voix. Mais là encore, le gouvernement semble ne pas avoir voulu entendre la voix de la population concernée, puisqu'il a refusé le projet.

L'empreinte de Rémi Fraisse

Le premier ministre d'alors - Manuel Valls - a beau affirmer que les tractopelles ne vont pas tarder à entrer en action, c'est le statu quo. Le ministre de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve craint des victimes, en cas d'évacuation de la ZAD. Il reste très marqué par le décès de Rémi Fraisse, lors des manifestations contre le barrage de Sivens, en octobre 2014. Par ailleurs, la menace terroriste ne permet guère de mobiliser des milliers de membres des forces de l'ordre.

«Je constate aujourd'hui que les conditions ne sont pas réunies pour mener à bien le projet d'aéroport de Notre-Dame-des-Landes», a déclaré Edouard Philippe le 17 janvier, selon des propos rapportés par l'AFP. Confirmant que le projet serait «abandonné», le Premier ministre a précisé que «les terres» sur lesquelles il devait être édifié ne seraient pas gardées par l'Etat. Comme pressenti, le locataire de Matignon a expliqué que l'actuel aéroport de Nantes-Atlantique, ainsi que celui de Rennes, seraient «modernisés».

La «zone à défendre» (ZAD), est toujours occupée et les zadistes se préparent d'ores et déjà à l'évacuation que le gouvernement est bien déterminé à conduire. «Nous mettrons fin à la zone de non-droit», a ainsi assuré Edouard Philippe. Mais le gouvernement redoute que la zone n'ait été piégée, ou que les militants installés sur le site ne résistent et ne recourent à la force. Lors d’une réunion avec les élus de Loire-Atlantique, le 5 janvier, le Premier ministre avait ainsi répondu à ceux qui lui demandaient une évacuation ferme de la ZAD : «Imaginez qu'il y ait un mort et que ce soit un étudiant de Rennes ou de Nantes. Imaginez que ce soit un gosse. On fait quoi ?»

Selon les informations du Monde, 30 à 40 escadrons de gendarmerie mobile, soit 2 500 militaires, interviendraient pour une durée de deux à trois semaines. Des hommes à pied procéderaient à l’évacuation, le recours au génie militaire serait même envisagé, notamment pour détruire des barricades ou déloger des opposants réfugiés dans des cabanes en hauteur dans les arbres.

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