La paix entre les deux Corées n'a jamais été aussi proche

par Stanislas Racine 27 Avril 2018

Une date qui va rester dans les annales. Les deux dirigeants nord- et sud-coréens se sont retrouvés dans un sommet historique en Corée du Sud. Une première depuis la fin des hostilités. Et ce sommet tant attendu n'a pas déçu : les deux dirigeants ont promis un traité de paix entrant en vigueur cette année. D'autres annonces ont été faites, mais celle-ci retient notre attention. La paix entre les deux pays est-elle enfin devenue réalité ce 27 avril, après plus de 65 ans de statu quo ? Est-elle réaliste ou encore une illusion ? Décryptage.

Les Coréens attendaient avec intérêt cette poignée de main historique depuis 2007, date du dernier sommet entre les deux pays. Et encore, elle est encore plus historique : pour la première fois depuis 70 ans, un dirigeant de la Corée du Nord a franchi la ligne de démacartion de la DMZ, cette "zone blanche" entre les deux pays. Kim Jong-un, maîtrisant parfaitement la communication, a ensuite entraîné son homologue du sud à marcher sur le territoire du Nord, une première. Kim Jong-un et Moon Jae-in se sont donc retrouvés dans le village de Panmunjom sur la ligne de démarcation qui fait office de séparation entre les Corées. À l'issue de cette rencontre historique, les deux dirigeants se sont engagés dans une déclaration commune à une «dénucléarisation complète de la péninsule coréenne». Ils ont aussi convenu de cesser toutes leurs activités hostiles sur terre, mer et air, et ont exprimé leur volonté de transformer la zone démilitarisée qui les sépare en une « zone de paix ». Ils devraient déclarer cette année la fin de la guerre de Corée, dont l'armistice avait été signé en 1953, et transformer le cessez-le-feu en accord de paix. En août, sera organisée en août une nouvelle réunion des familles séparées depuis 65 ans.

Kim Jong-un a promis de faire en sorte que l'accord soit mis en œuvre, à la différence de précédents engagements. Les deux Corées se concerteront étroitement pour s'assurer de ne pas «répéter le passé malheureux qui a vu tourner court de précédents accords intercoréens», a-t-il déclaré après la rencontre. «Il pourrait y avoir sur le chemin des retours de bâton, des difficultés et des frustrations», a-t-il dit. « Mais on ne peut parvenir à la victoire sans douleur ». Panmunjon « symbolise une division déchirante », a poursuivi le leader nord-coréen. Mais le dictateur communiste nord-coréen a ajouté que cette rencontre était « un symbole de paix (...) le Nord et le Sud qui ont le même sang, la même langue, la même histoire et la même culture, ne feraient plus qu'un à nouveau, et toutes les générations profiteraient de la prospérité ».

Donald Trump a salué ce sommet « historique ». « Après une année furieuse de tirs de missiles et d'essais nucléaire, une rencontre historique entre la Corée du Nord et la Corée du Sud a lieu. De bonnes choses se produisent mais seul le temps nous le dira », a écrit le président américain sur son compte Twitter. Et dire qu'il y a quelques mois, les deux dirigeants comparaient qui avaient la plus grosse... et sur Twitter, sans (trop) nous emballer, nous croyions qu'une guerre nucléaire mondiale était imminente, tant les tensions étaient à leur paroxysme.

La Chine a félicité le « courag e» de MM. Kim et Moon, le premier ministre japonais Shinzo Abe a évoqué "un pas positif vers une résolution d'ensemble de plusieurs questions concernant la Corée du Nord" et le Kremlin a accueilli « des nouvelles très positives ».

Le déroulé de cette journée avait été calibré au millimètre. Mais celle-ci a débuté dans la matinée par un ballet impromptu, les deux dirigeants effectuant des allers-retours sur la frontière intercoréenne qui ne figuraient pas au scénario. Kim Jong-un est quelque peu sorti des clous en invitant Moon Jae-in à l'accompagner de son côté de la frontière. La présidence sud-coréenne a expliqué ensuite comment ce moment avait pu se produire. «M. Moon a dit à M. Kim: “Quand vais-je pouvoir visiter le Nord?”». Et le leader nord-coréen de répondre: «“Pourquoi pas maintenant?”, a-t-il dit.» Puis, larges sourires aux lèvres, ils sont repartis main dans la main au Sud, où ils ont reçu des fleurs des mains d'enfants habitant un village proche.

"Les deux dirigeants déclarent solennellement devant les 80 millions de Coréens et le monde entier qu'il n'y aura plus de guerre sur la péninsule coréenne et qu'en conséquence, une nouvelle ère de paix a commencé", ont affirmé les deux présidents dans la "Déclaration de Panmunjom" publiée à l'issue de la rencontre. "La Corée du Sud et la Corée du Nord confirment l'objectif commun d'obtenir, au moyen d'une dénucléarisation totale, une péninsule coréenne non nucléaire", ajoute-t-ils.

Autre mesure symbolique: les deux camps sont convenus d'une reprise, en août, des réunions de familles séparées par la guerre, qui sont toujours des moments de très grande émotion. Cette journée est la dernière illustration en date - et la plus forte - d'une exceptionnelle détente apparue depuis que M. Kim a surpris en annonçant le 1er janvier que son pays participerait aux jeux Olympiques d'hiver organisés au Sud.

Après avoir signé ce texte, MM. Kim et Moon se sont donné l'accolade, au terme d'une journée de chaleureux témoignages d'amitié entre deux hommes qui ont partagé en soirée un banquet en compagnie de leurs épouses.

Les deux voisins ont indiqué qu'ils chercheraient à rencontrer les Etats-Unis, peut-être aussi la Chine "en vue de déclarer la fin de la guerre et établir un régime de paix permanent et solide" sur la péninsule. Cependant, faute de traité (et de signature officielle), les deux voisins sont toujours aujourd'hui techniquement en guerre.

En fin de journée, Kim Jong-un, très touché - de même que Moon Jae-in - a repassé la frontière et est rentré en Corée du Nord. La rencontre doit être le précurseur d'un face-à-face très attendu entre Kim Jong-un et le président américain Donald Trump. De son côté, Moon Jae-in se rendra cet automne à Pyongyang, la capitale nord-coréenne.

La réconciliation entre les deux pays : vérité ou illusion ?

Comme toujours dans ces négociations, le diable se cahce dans les détails. Mais suite à cette rencontre, les deux pays n'ont jamais paru aussi proche. Kim Jong-un veut-il gagner du temps pour asseoir son pouvoir ou a-t-il vraiment la volonté de pacifier ce pays, déchiré depuis tant de décennies ? 

Kim Jong-un a semblé admiratif de la technologie sud-coréenne et on a le sentiment que le régime nord-coréen est au bord de l'effondrement. La Corée du Nord voudrait faire son développement économique à la chinoise - et le régime communiste nord-coréen va certainement s'effondrer, tout comme l'URSS. Cette rencontre donne vraiment l'imoression que la diplomatie l'a emporté, et montre que Donald Trump a eu raison de maintenir les sanctionsn - malgré son apparente folie et ses tweets ravageurs publiés dans son lit ou son bureau, c'est bel et bien le président américain qui semble avoir apporté la clef de ces négociations et en définitive avoir apporté la paix. Là où Obama avait échoué (sans doute à cause d'intérêts militaires ou économiques), Trump semble l'avoir emporté, même si le bras de fer engagé avec Kim Jong-un n'a pas été des plus tendres. Les deux présidents vont normalement se rencontre d'ici quelques semaines, et ce sommet historique va également apporter - on l'espère - son lot de promesses et surtout, de preuves tangibles que la paix est en train de s'installer dans ce pays longtemps considéré comme "le plus fermé du monde".

La Corée du Nord reste une dictature

N'en déplaise aux militants mélenchonistes et communistes, aucun régime communiste n'a prouvé sa stabilité et sa réussite, que ce soit l'URSS, Cuba, le Vénézuéla actuellement ou bien la Corée du Nord. Dans ce pays, les chrétiens sont battus, emprisonnés et torturés, de même que tous les opposants politiques. Les routes, les hôpitaux, les écoles et les infrastructures publiques sont dans un état lamentable, et malgré la mort de son père, Kim jong-un n'a rien d'un saint - c'est un dictateur communiste. Rome ne s'est pas faite en un jour, mais le chemin pour que le pays devienne normal est encore long. La paix entre les deux Corées marquerait un énorme pas, car la Corée du Sud pourrait pallier aux nombreux déficits de son voisin-cousin (et longtemps ennemi) et le pays, une fois réunifié et pacifié, pourrait réellement développer une économie stable et entrer dans un cercle vertueux. Il faudrait cependant que Kim Jong-un lâche encore plus de lest et s'adapte aux droits de l'Homme. Une chose après l'autre : le traité de paix doit être signé et les deux pays réunifiés. Comme la RDA pour l'Allemagne, le chemin prendra quelques années, mais le résultat pour lui-même comme pour le reste du monde n'en sera que positif. La diplomatie semble, une fois de plus, avoir encore gagné - et c'est tant mieux.

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