Pour la première fois, le PDG de Lactalis sort de son silence

par Stanislas Racine 14 Janvier 2018

Le discret Emmanuel Besnier, silencieux depuis le début de l'affaire des lots de poudre de lait pour bébé contaminés par des salmonelles, se défend dans Le JDD de tout manquement et promet d'indemniser « toutes les familles qui ont subi un préjudice ».

«Vous verra-t-on davantage, désormais?» «C'est déjà le cas en étant devant vous aujourd'hui pour répondre à des questions légitimes. C'était nécessaire.» Il aura fallu une crise sanitaire d'ampleur internationale pour qu'Emmanuel Besnier, PDG du groupe Lactalis, mette fin à des années de silence en accordant une interview au Journal du Dimanche .

L'homme d'affaires, qui se défend de tout manquement, promet d'indemniser «toutes les familles qui ont subi un préjudice». En outre, il indique que 12 millions de boîtes de lait dans 83 pays sont rappelées. Morceaux choisis.

- Priorité aux victimes... puis aux équipes

37 bébés sont tombés malades après avoir consommé du lait en poudre fabriqué par Lactalis dans son usine de Craon (Mayenne). «Lorsque nous avons reçu le signalement des autorités, au-delà de la surprise, notre première réaction a été de nous inquiéter des conséquences pour les consommateurs. Il s'agit de bébés de moins de six mois, c'est pour nous, pour moi, une très grande inquiétude», assure Emmanuel Besnier.

«La santé des enfants malades me préoccupe évidemment. (...) Notre priorité a toujours été de gérer la crise et de s'assurer qu'il n'y ait pas de nouveaux enfants malades. (...) On nous dit aujourd'hui que [les bébés contaminés] vont bien, c'est l'essentiel», répète celui qui s'est engagé à «indemniser toutes les familles qui ont subi un préjudice».

Emmanuel Besnier accorde aussi une large place à la «défense» des équipes de Lactalis, comme en témoigne la dernière phrase de l'interview: «Je veux continuer à œuvrer avec mes équipes pour préserver cette excellence». Et le patron de glisser: «Nos salariés, qui sont les premiers consommateurs de nos produits, sont très affectés par cette crise. Ils ont été touchés qu'on mette en cause leur probité. Chacun de nous a des proches concernés.»

- Responsable mais pas coupable ?

Tout au long de l'entretien, le patron de Lactalis assume ses responsabilités: «nous allons tirer les leçons de cette crise et rebâtir un plan de contrôle sanitaire plus strict, en concertation avec les autorités», «nous nous concentrons sur nos responsabilités et pas sur celles des autres», «notre métier, c'est de mettre des produits sains sur le marché. Si cela n'a pas été le cas, c'est notre responsabilité. Je l'assume».

Sur un des points qui lui vaut le plus de critiques, une accusation de mensonge sur les dates et les lots contaminés, le n°1 répond: «Nous reconnaissons qu'il manquait cinq lots dans le premier fichier que nous avons transmis à Bercy. Cela a été corrigé dès le lendemain. À aucun moment il n'y a eu une intention de cacher les choses».

Pas question pour autant de parler de culpabilité. Emmanuel Besnier, qui se dit «obsédé» par la question de savoir comment ses produits ont pu être contaminés, considère «qu'il n'y a pas eu de manquement de notre part sur les procédures». «Il n'y aura jamais de risque zéro sur la question de produits qui ne sont pas conformes», plaide le quadragénaire, qui martèle que Lactalis «collaborera avec la justice».

- Un patron secret

Petit-fils du fondateur du groupe, André Besnier, Emmanuel Besnier a succédé à son père Michel Besnier, décédé en 2000, à la tête de l'entreprise. Père de trois enfants, le qaudragénaire est connu pour sa discrétion absolue. Sa devise pourrait être l'une des phrases qu'il prononce dans le JDD de ce 14 janvier: «C'est le travail d'abord, la parole après». En pleine crise, son manque de communication lui est pourtant aujourd'hui reproché.

Ce qui a poussé le PDG à faire son mea culpa. «Nous sommes une entreprise discrète. La famille a grandi dans une culture et de la simplicité et de la discrétion. (...) C'est vrai, je ne suis pas d'une nature expansive. Dans une crise comme celle-là, on cherche d'abord à agir, et peut-être n'ai-je pas pris le temps nécessaire pour expliquer les choses, ce que je fais aujourd'hui».

Emmanuel Besnier insiste sur le fait que «Lactalis ne cache rien aux autorités» et qu'il tiendra son «engagement de communiquer tous les résultats de [leurs] vérifications». Il souligne par ailleurs que si son groupe est «discret», il «ne refuse jamais de discuter avec personne: clients, consommateurs, autorités». «Nous ne faisons pas dans la lumière, mais nous allons à la rencontre des gens. Pour travailler, pas pour être vus», conclut-il.

Avec plus de 60 sites industriels et 15.000 salariés en France, le groupe, dont le siège est basé à Laval, fabrique et commercialise des produits sous les marques Président, Lactel ou encore Bridel. L'usine de Craon, à l'arrêt depuis le 8 décembre (250 salariés au chômage technique et 80 reclassés), devrait encore rester fermée plusieurs mois, selon Emmanuel Besnier.

 

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