Pourquoi la Russie soutient-elle inconditionnellement al-Assad ?

par Stanislas Racine 12 Avril 2018

La Russie ne se risquerait pas une guerre avec l'OTAN et les Etats-Unis "juste" pour défendre Bachar al-Assad. Cette défense mordicus tient surtout dans le fait que la guerre froide n'est pas vraiment terminée. Ainsi, les deux blocs (ex-bloc communiste et celui, américain et capitaliste) ne cessent de se chercher et de "montrer les muscles". Elle a cependant des raisons de soutenir le régime syrien.

Le départ de Bachar n’est pas la solution pour les Russes. Le soutien de Damas par Moscou n’est pas nouveau. Les deux pays ont tissé depuis quarante ans des relations très fortes, avec notamment en 1980, la signature entre le soviétique Léonid Brejnev et le syrien Hafez al-Assad d’un "traité d'amitié et de coopération", établissant des "liens stratégiques spéciaux". En soutenant Bachar al-Assad, Vladimir Poutine s’inscrit donc dans la continuité de la diplomatie russe et la réalité de nombreux échanges.

Des chrétiens syriens en majorité orthodoxes

Quelque 50.000 binationaux syriens habitent en Russie, 80% des officiers syriens y ont été formés (avec en prime un petit laïus sur la laïcité). La grande majorité des chrétiens syriens sont orthodoxes, proche du patriarche de Moscou. Lukoil, l’un des premier producteur russe de pétrole, réalise de nombreux investissements dans le pays, riche en gaz. Et Moscou, qui n’exporte quasiment plus que des armes et des matières premières, trouve des débouchés sur les marchés syriens. Sans oublier la base navale de Tartous, la seule dont dispose le Kremlin en Méditerranée, où sont stationnés 150 soldats russes. Mais selon une source bien informée, "cela ne compte pas, la base est toute petite et on ne sait pas si les livraisons d'armes sont réellement payées".

Damas craint à terme l'effondrement de Bachar al-Assad

Car plus que tout, la politique syrienne de Moscou est motivée par la peur, “la crainte, à terme, de l'effondrement du régime de Bachar al-Assad et une sorte d'extension d'un front panislamique soutenu par la Turquie, le Qatar, l'Arabie saoudite et que ce front gagne toute la base du Caucase, puis s'étende sur les frontières orientales de la Communauté des Etats indépendants avant d’atteindre l'Asie centrale”, explique Pascal Le Pautremat, géopoliticien, spécialiste en questions militaires.

En clair, explique un connaisseur de la diplomatie russe, "les Russes ont un véritable intérêt dans ce conflit. Pour eux, la chute de Bachar signifie terrorisme et instabilité sur le territoire russe”. “On voit déjà que la Syrie est un foyer du terrorisme international, attaquer ne mettra pas terme à la guerre civile”, a ainsi réaffirmé Leonid Kadyshev, jeudi. Enfin, sans être prioritaire, l'idée de tenir tête aux Etats-Unis, sur le thème "la Russie est de retour”, n’est pas pour déplaire à Vladimir Poutine.

Pour conclure, ce soutien inconditionnel ne réside pas tant dans des intérêts géostratégiques ou économiques, mais s'inscrit plutôt dans une volonté politique et idéologique de ne pas laisser les Etats-Unis "tout grignoter" et de peser dans le kriegspiel mondial. La Russie ne veut pas être perçue comme une nation à la traîne, et s'aligne aussi sur les Chinois, qui, comme l'Iran, soutiennent Bachar al-Assad.

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