Angela Merkel valide une réforme de la zone euro

Angela Merkel valide une réforme de la zone euro

Angela Merkel a enfin répondu à Emmanuel Macron sur sa vision de la réforme de la zone euro post-Brexit dans une interview au quotidien Frankfurter Allgemeine Zeitung. Le président français avait détaillé la sienne en septembre 2017.

Verdict : Angela Merkel lâche un peu de lest. « Nous avons besoin d’une plus grande convergence économique entre États membres au sein de la zone euro », déclare la chancelière allemande, au moment où un gouvernement anti-austérité s’installe au pouvoir en Italie.

« Nous avons pour cette raison proposé un budget d’investissement pour la zone euro dans le contrat de coalition » du nouveau gouvernement allemand entre conservateurs et sociaux-démocrates « et j’y suis favorable », ajoute Angela Merkel.

Favorable à la création d’un Fonds monétaire européen

La chancelière a mentionné pour son montant un chiffre « limité à deux chiffres en milliards d’euros », soit quelques dizaines de milliards d’euros. Très loin des souhaits de départ du président français, à l’origine de la proposition d’un budget de la zone euro. Emmanuel Macron avait l’an dernier appelé de ses vœux un budget équivalant à « plusieurs points du PIB de la zone euro », soit plusieurs centaines de milliards d’euros.

Faute d’un réel soutien allemand, Emmanuel Macron avait revu ses ambitions de réforme de la zone euro à la baisse lors de son discours à Strasbourg. Alors que l’Europe dispose d’« instruments de responsabilité », notamment le Pacte de stabilité et de croissance pour limiter le déficit et le niveau d’endettement de l’UE, ce dont elle a besoin maintenant, c’est de davantage de « solidarité », avait affirmé le président français.

« Il ne peut pas y avoir d’union monétaire sans une capacité budgétaire permettant l’investissement et la stabilisation », avait-il déclaré.

Par ailleurs, Angela Merkel a détaillé la proposition allemande de création d’un Fonds monétaire européen (FME), qui viendrait en aide aux pays aux difficultés, en échange toutefois de strictes conditions et d’une surveillance étroite de pays ainsi épaulés. « Nous voulons nous rendre un peu indépendants du Fonds monétaire international », a-t-elle expliqué.

Ce FME reprendrait d’une part les prérogatives du Mécanisme européen de stabilité (MES), chargé aujourd’hui d’aider à financer la dette de pays en crise comme la Grèce, en leur accordant des prêts de long terme. Mais il irait plus loin.

« À côté de cela, je peux m’imaginer la possibilité d’une ligne de crédit à plus court terme, cinq ans par exemple », a souligné la chancelière. Ces prêts seraient destinés « à soutenir des pays confrontés à des difficultés d’origine extérieure », a-t-elle ajouté.

En contrepartie, les pays concernés devraient accepter — comme pour le FMI qui peut imposer des mesures d’austérité en échange de ses prêts — que ce FME ait un droit de regard et d’intervention dans leurs politiques nationales.

Ce FME serait chargé d’« évaluer la solvabilité des États membres » et à l’aide « d’instruments adaptés » pourrait « rétablir » cette solvabilité si elle n’est plus assurée, a-t-elle dit. Car pour Angela Merkel, il ne peut être question de créer « une Union de l’endettement » en zone euro.

Force militaire européenne

Angela Merkel a lancé un autre branche d’olivier à Emmanuel Macron dans le domaine militaire sur les réformes, en se disant être « favorable » à sa proposition de force commune européenne d’intervention.

Berlin s’est montré pendant longtemps sceptique sur le sujet, en raison de son atlantisme traditionnel et du mauvais état de son armée nationale, chroniquement sous-équipée.

Contrôle démocratique

De plus, la zone euro a besoin d’un « certain contrôle démocratique », avait scandé le président français, faisant écho à sa proposition de créer un parlement de la zone euro. « Si l’UE ne parvient pas à tenir ses promesses, nous ne serons pas en mesure d’aller de l’avant en Europe. »

Les eurodéputés ont vu dans la victoire d’Emmanuel Macron en 2017 l’occasion unique de faire avancer des propositions de longue date visant à renforcer l’euro avant que la prochaine crise ne frappe.

En effet, lorsque le président français a été élu, l’Europe vivait la meilleure relance économique qu’elle ait connue depuis dix ans. Un an plus tard, face à l’essoufflement de cette relance, les eurodéputés attendaient ce discours avec impatience pour voir si  le dirigeant europhile avait toujours autant d’ambition pour la zone euro.

Cependant, lors de son discours, Emmanuel Macron a présenté une liste de cinq points pour renforcer la souveraineté européenne, au lieu de se concentrer sur les défis les plus difficiles pour l’Union, à savoir le renforcement de l’UEM et la finalisation de l’union budgétaire.

Prompte à soutenir l’intervention de la France en Syrie, la droite allemande torpille le projet de Fond monétaire européen et impose son tempo au néophite Macron. Ce FME est censé remplacer à terme le Mécanisme européen de stabilité.

Bien que le président français ait mentionné la nécessité de finaliser l’union budgétaire et de mettre en place un fonds monétaire pour stabiliser les économies des États membres de la zone euro, il s’est montré bien moins passionné et ambitieux que lors de son discours l’année dernière.

« Une puissance économique durable ne peut se construire qu’autour d’une même monnaie, c’est pourquoi je suis profondément attaché à l’ambition de la zone euro », avait-il déclaré en septembre à la Sorbonne. « C’est à partir de cette Union économique et monétaire, en son sein, que nous pouvons créer le cœur d’une Europe intégrée. »

Six mois plus tard, Emmanuel Macron a adopté un ton plus prudent, sachant qu’il doit faire face aux cheminots en grève contre ses réformes en France, que l’Allemagne s’oppose à la plupart de ses propositions de réforme de l’UEM, que huit États membres s’opposent à son programme et qu’il reste peu de temps pour parvenir à un accord sur la réforme de l’UEM, avant le sommet décisif de juin.

« Il s’inquiète de savoir qui pourrait être un partenaire potentiel », a commenté Udo Bullmann, président du S&D.

L’eurodéputé allemand a déclaré que les socialistes soutiendraient la tentative d’Emmanuel Macron de réformer l’UEM, bien qu’ils ne soient pas d’accord avec le président français sur son plan national de réforme.

« Aujourd’hui, nous avons vu un président [français] qui voit mieux les réalités de l’Europe », qui est « positif », parce que cette année il s’agira de concrétiser les promesses européennes, estime Manfred Weber, chef de file du PPE. « Nous prenons note de son approche réaliste de ce qui est possible et ce qui ne l’est pas. » Au sein du groupe conservateur, c’est la question de l’immigration qui est considérée comme une priorité pour cette année.

La discrète marche arrière d’Emmanuel Macron sur les réformes a pour contexte une opposition allemande croissante à d’autres propositions considérées comme des priorités de ce semestre. Celles-ci incluent un système européen de garantie des dépôts, afin de protéger les épargnants et la transformation du mécanisme européen de stabilité en un fonds monétaire européen.