L'Arabie Saoudite délivre ses premiers permis féminins, le Turkménistan recule

L'Arabie Saoudite délivre ses premiers permis féminins, le Turkménistan recule

Le régime autoritaire du Turkménistan vient d’"aménager" son code de la route en interdisant aux femmes de prendre le volant, devenant le dernier pays au monde à mettre en place une telle discrimination.

Alors que l’Arabie Saoudite a vécu une véritable révolution en septembre dernier en accordant aux femmes la possibilité de conduire un véhicule, le Turkménistan vient de réaliser le chemin inverse, un recul unique au monde.

En Arabie Saoudite, une avancée historique

C’était le seul pays où conduire quand on est une femme était un délit. Le 26 septembre 2017, le roi Salman d’Arabie saoudite a signé un décret autorisant les femmes à conduire, a annoncé la presse officielle. Il aura toutefois fallu que les Saoudiennes patientent dix mois avant de prendre le volant, la mesure venant seulement d'entrer en vigueur aujourd'hui. Le temps également qu’elles passent le permis de conduire. Cette annonce est une révolution dans un pays où les droits des femmes sont quasi inexistants et les réactions épidermiques dans ce pays ultraconservateur. Pour rappel, les Saoudiennes n’ont toujours pas le droit de faire des études, ni de travailler ou de voyager sans l’accord d’un homme.

« Des actes injustes »

Plus récemment, en novembre 2016, le prince saoudien Al-Walid ben Talal, avait lancé un appel pour que les femmes obtiennent enfin le droit de conduire. « Empêcher une femme de conduire est aujourd'hui une question de droits semblable à celle qui se posait quand il leur était interdit d'avoir accès à l'éducation ou d'avoir une identité à elle », écrivait-il dans un communiqué, dénonçant « des actes injustes » qui sont « beaucoup plus restrictifs que ce qui est légalement permis par les préceptes de la religion » musulmane.

Des années de combat

« C’est fantastique, je plane », a confié Fawzia Al-Bakr, figure de la cause des femmes en Arabie Saoudite, au « Monde ». « Cela fait vingt ans que l’on attendait cette mesure. Toutes mes amies débarquent chez moi pour faire la fête. » Depuis des années, de très nombreuses femmes bravent l’interdiction de conduire pour interpeller l’opinion. Rappelez-vous cette militante, Manal al-Chérif, qui avait posté une vidéo d’elle au volant, en mai 2011.

La Saoudienne de 32 ans avait alors été emprisonnée une dizaine de jours. Elle racontait « les humiliations » vécues au quotidien par les femmes, obligées d’attendre qu’un de leurs proches ou un chauffeur privé daigne les emmener d’un endroit à un autre. Le 17 juin 2011, un groupe saoudien œuvrant pour les droits des femmes appelait alors les habitantes à se mettre au volant pour s’élever contre cette décision. Souvenez-vous aussi de cette autre militante très active, Sheima Jastaniah. Elle avait été condamnée à dix coups de fouet pour avoir bravé l'interdiction de conduire en juillet 2011, avant d’être graciée quatre mois plus tard. En 2012 encore,  les habitantes du royaume avaient signé une pétition adressée au roi Abdallah afin que « les femmes ayant des permis de conduire de pays étrangers [commencent] à prendre le volant lorsque cela est nécessaire ». Des appels ont également émergé sur Twitter ces dernières années, appelant les Saoudiennes à se regrouper et à prendre le volant pour revendiquer ce qui leur était jusqu’à maintenant interdit.

Le Turkménistan régresse

Ce pays de 5 millions d’habitants situé au nord-est de l’Iran vit sous le régime autoritaire du président Gourbangouly Berdymoukhamedov, au pouvoir depuis 2006 et réélu l’an dernier jusqu’en 2024. Comme l’Etat n’a pas communiqué sur cette décision et que la presse locale est soumise à un contrôle étroit, ce sont des médias indépendants basés à l’étranger qui ont révélé la nouvelle.

Aucune loi n’est entrée en vigueur mais, depuis le 1er janvier, la police a pour ordre de verbaliser les conductrices et de saisir leurs véhicules. L’ordre fait suite aux déclarations du ministre de l’Intérieur "qui a indiqué que le plus grand nombre d’accidents de la route sont provoqués par des conductrices", révèle le journal suisse Le Temps.

Les voitures noires repeintes en blanc

Autre absurdité introduite dans le code de la route, les véhicules de couleur sombre devront désormais être repeints sous peine d’être confisqués, car le président abhorre le noir.

"On savait que le président ne voulait pas voir de voitures noires dans les rues et qu’il aimait la couleur blanche, parce qu’elle porte chance. (…) Il a déjà interdit l’importation de voitures noires il y a deux ans", assure une source locale au quotidien suisse.

Dans un pays où le salaire moyen est de 250 euros, repeindre un véhicule coûterait environ 1700 euros, selon le site d’opposition Chroniques du Turkménistan.

Depuis, en Arabie Saoudite, les femmes ont également eu le droit d'aller au stade voir un match de football, et leurs droits progressent petit à peti. Quant à al régression du petit pays musulman qu'est le Turkménistan, elle n'augure rien de bon pour les femmes résidant dans ce état.