Pierre Bellemare, conteur extraordinaire et génie de l'écran

Pierre Bellemare, conteur extraordinaire et génie de l'écran

Le journaliste et conteur extraordinaire avait fait quelques apparitions drolatiques sur grand et petit écran. On aurait aimé l'y voir plus. Il s'est éteint samedi à l'âge de 88 ans. Aimé de tous, adulé, inventeur de beaucoup de choses, il est parti et laisse derrière lui un grand vide. Récit d'une figure pop, drôle et contrarié et à la fois.

Il y avait le journaliste aux soixante ans de carrière. Ce géant de la télévision et de la radio, dont la voix unique et les talents de conteur étaient devenus familiers à plusieurs générations. Mais aussi le personnage public, qui jouait de sa popularité, de son charisme naturel et de sa fameuse moustache pour apparaître dans certaines fictions françaises.

Pierre Bellemare s'est éteint samedi à l'âge de 88 ans. Il laisse derrière lui, après avoir bouleversé les médias, sa trace dans quelques films. En tant qu'animateur de télévision ou figure d'autorité. Pour les cinéphiles, il restera Armand Lesignac: le supérieur hiérarchique d'OSS 117, dans les nouvelles adaptations de Michel Hazanavicius avec Jean Dujardin dans le rôle de l'agent très français.

Les deux comédiens y offrent une poignée de séquences aussi drôles que surréalistes. L'occasion de discuter nouvelles «technologies américaines», du général de Gaulle, ou faire des jeux de mots (plus ou moins sophistiqués) sur un méchant chinois dénommé Lee. Jolis fous rires.

C’est une voix mais aussi un visage des médias qui s'en est allée. Pierre Bellemare, écrivain, animateur et producteur, est mort ce samedi 26 mai 2018 à l’hôpital parisien Foch. Il était âgé de 88 ans.

C’est en 1948, à la radio, que ce Parisien né le 21 octobre 1929 a fait ses armes. Au sein de Radio Service, une société privée qui produisait des émissions pour Radio Luxembourg. Introduit par son beau-frère l’animateur et producteur Pierre Hiegel, Pierre Bellemare est alors technicien et colle des étiquettes sur des diques souples comme il l’avait raconté au Parisien en 2014. Trois ans plus tard, il réalise et présente des émissions.

Dans cette entreprise, il fait la rencontre de celui qui lancera sa carrière télévisée: Jacques Antoine, alors patron de radio Service. Ce dernier, père de La Chasse aux trésorsFort BoyardL’Académie des neuf ou Tournez manège, lui confiera la présentation de sa première émission, Télé-Match, un jeu diffusé sur l’ORTF en 1954. Suivra le mythique La Tête et les jambes (plus tard présenté par Philippe Gildas et Thierry Roland) qui sera par la suite adapté dans différents formats: Pas une seconde à perdre ou encore Cavalier Seul. C’est dans cette dernière adaptation que le futur premier ministre, Laurent Fabius, candidat en 1970, passera pour la première fois à la télévision.

Figure d’Europe n°1 et père du télé-achat en France

Puis, Pierre Bellemare va connaître une époque faste. Dans les années 1980, il importe le concept du télé-achat en France. C’est ainsi qu’il lancera en 1988 sur TF1, Téléshopping , d’abord appelé Le Magazine de l’objet. Une émission qu’il animera avec Grégory Frank jusqu’en 1994. Dans le même temps, il commence à produire d’autres programmes du même genre sur des chaînes concurrentes. Le plus célèbre d’entre eux: M6 Boutique sur la Six. Son fils Pierre Dhostel présente d’ailleurs ce programme depuis 1988. Vingt ans plus tôt, il avait déjà révolutionné le petit écran en proposant les premières caméras cachées de la télévision avec le comédien Jacques Legras qui piégeait des anonymes. D’abord appelée La Caméra invisble, l’émission à succès sera ensuite rebaptisée La Caméra cachée.

En parallèle de toutes ses activités télévisuelles, Pierre Bellemare ne délaisse pas la radio, son premier amour, pour autant. Depuis les années 1950, il officie sur Europe n°1. D’abord dans Vous êtes formidables puis à la tranche de la mi-journée avec les émissions La grande corbeille20 millions cashLe Sisco ou encore Le tricolore. C’est en l’écoutant à la radio que les Français découvriront ses talents de conteur.

Car, comment parler de Pierre Bellemare sans évoquer ses talents de narrateur? L’animateur savait raconter les histoires les plus insolites comme personne. C’est grâce à ce don qu’il deviendra alors un personnage «bankable» des médias, sollicité de toutes parts. C’est ainsi qu’on le retrouvera dès les années 1990 dans Coucou, c’est nous! aux côtés de Christophe Dechavanne, dans Les Grosses Têtes sur RTL, puis, plus récemment, dans En toutes lettres, un jeu animé par Julien Courbet sur France 2 entre 2009 et 2011 et dans la bande de Cyril Hanouna sur Europe 1 dans Les Pieds dans le plats. Et, on ne compte plus les ouvrages de recueils d’histoires vraies qu’il a sortis: C’est arrivé un jour, Histoires Vraies, Suspens, Les Amants diaboliques, Les Dossiers d’Interpol, etc...

Devenu une figure incontournable dans l’Hexagone, Pierre Bellemare avait également fait des apparitions au cinéma dans OSS 117 en 2009 et dans Les Tuche en 2011 pour incarner un maire. En 2015, dans Plus belle la vie , il jouait son propre rôle.

Un AVC en 2011

Ces dernières années, Pierre Bellemare, reclus dans son manoir du Périgord, était bien moins sollicité. Un constat qu’il déplorait dans une interview accordée à Télé-Loisirs en avril dernier. «L ’une des explications possibles est que les producteurs ont peut-être peur de me demander de faire des choses car ils pensent que je vais prendre beaucoup d’argent. Or, aujourd’hui, c’est l’inverse. J’accepte souvent de travailler gratuitement. J’ai toujours adoré travailler et c’est compliqué de raccrocher. La seule condition est de venir tourner chez moi», précisait-il. Désormais, il n’animait plus que Les Enquêtes impossibles sur RTL9 puis Chérie 25. Sa dernière apparition télé remonte au 14 avril dernier dans Groland. Ce jour-là, Pierre Bellemare avait assuré quelques lancements pour les 25 ans de l’émission.

La santé de Pierre Bellemare s’était fragilisée en 2011, l’année où il a été victime d’un malaise cardiaque. Depuis, il s’était aussi fait poser un pacemaker et devait se déplacer avec une canne. Ce grand collectionneur avait trois enfants: Françoise-Louis, Pierre Junior (dit Pierre Dhostel) et Maria-Pia Bellemare.

Qui était sa famille ?

Une famille, qui a elle aussi inspiré quelques lignes au narra­teur de talent. Dans sa biogra­phie Ma vie au fil des jours publiée en 2016, l'homme de télé a évoqué sa vie de mari et de père. C'est à l'âge de 17 ans qu'il a épousé son premier amour Miche­line Grillon, une jeune femme rencon­trée sur les bancs du lycée. Un mariage heureux célé­bré avant ses débuts à la radio et qui donnera nais­sance à deux enfants: Françoise-Louise, deve­nue avocate au barreau de Paris et Pierre Junior, connu sous le nom de Pierre Dhos­tel, qui a suivi les traces de son père en prenant il y a trente ans les commandes de l'émis­sion M6 Boutique.

En 1960, son regard croise celui de Rose­lyne Bacchi, une jolie danseuse de 18 ans. Complè­te­ment sous le charme, Pierre Belle­mare ne quitte pas pour autant sa première épouse et décide de mener une double vie pendant près de douze ans. D'abord très inven­tif pour garder cette liai­son secrète, le jour­na­liste va très rapi­de­ment mal vivre la situa­tion. « Claque­­muré » dans sa double vie et très amou­reux de Rose­lyne, le célèbre conteur n'arrive pour­tant pas à prendre de déci­sion. Il lui faudra donc onze longues années pour faire son choix.

Et c'est un événe­ment heureux, la nais­sance de son troi­sième enfant Maria-Pia, fruit de ses amours avec sa compagne, qui sera l'élément déclen­cheur. « Quand Maria Pia naquit […] je louai un grand appar­­te­­ment pour y loger ma seconde famille. Devenu bigame, je jonglais avec les horaires pour tenter d’être présent dans mes deux foyers… Mais comme on peut l’ima­­gi­­ner, cette double vie, loin de me satis­­faire, m’en­­fer­­mait dans un senti­­ment de culpa­­bi­­lité et de dupli­­cité insup­­por­­table. Je n’avais dès lors d’autre choix que de clari­­fier la situa­­tion », a-t-il expliqué dans sa biogra­phie.

Il se sépare alors sa première épouse en 1972 pour vivre auprès de Rose­lyne et de sa fille Maria-Pia qui mène une carrière de metteuse en scène de théâtre. Une fois réuni pour de bon, le couple ne s'est plus jamais quitté. Aux petits soins pour l'homme de média, sa compagne se faisait du souci pour sa santé. Victime d'un malaise cardiaque l'année dernière, il s'était fait poser un pace­ma­ker. « Il était temps », avait confié soula­gée Rose­lyne. Malheu­reu­se­ment affai­bli, Pierre Belle­mare s'en est allé ce samedi 26 mai. Et il ne reviendra plus, cette fois.