La paix au nom de la dénonciation

La paix au nom de la dénonciation

Ils s'appellent Denis Mukwege et Nadia Murad, et viennent de recevoir le prestigieux Prix Nobel de la Paix, qui récompense depuis 1901 les hommes et femmes qui font évoluer le monde. Cette année, c'est une dénonciation de crime de guerre qui est honorée. En effet, le Docteur Denis Mukwege et Nadia Murad ont travaillé sur des violences sexuelles subies par des femmes en tant qu'armes de guerre.

DENIS MUKWEGE, L'HOMME QUI RÉPARE LES FEMMES

Le premier est un gynécologue congolais de 63 ans, Chevalier de la Légion d'Honneur en 2009, Prix des Droits de l'Homme des Nations Unies en 2008. À de nombreuses reprises, Mukwege fut récompensé pour son engagement dans les guerres. À de nombreuses reprises, et plus de 50000 fois, il a opéré des femmes en République Démocratique du Congo, victimes de viols. Lorsqu'il a appris qu'il était devenu co-lauréat du Prix Nobel de la Paix, le docteur congolais étaient entrain d'opérer dans sa salle d'opération de Panzi : "Soudain, des gens sont entrés et m'ont appris la nouvelle" a-t-il évoqué au journal norvégien VG. Sa première réaction valait son pesant d'or également. Le congolais appelle les hommes à réagir à ces injustices, évoquant l'inacceptabilité de la situation de la gente féminine dans les pays en guerre, dont leur corps est utilisé en tant qu'armes de guerre. Le surnom du Docteur Mukwege n'est autre que "L'homme qui répare les femmes", lui qui a créé une clinique des "viols" en 1999 à Panzi, en République Démocratique du Congo. Un homme qui se résigne jamais à l'horreur.
 

"L'homme cesse d'être homme lorsqu'il ne sait plus donner l'amour et ne sait plus donner l'espoir aux autres" - Docteur Denis Mukwege, en 2015.

 

Créé en 1999, l'hôpital de Panzi devait "seulement" permettre aux femmes d'accoucher convenablement et non dans des lieux malpropres, et d'avoir de graves lésions génitales post-partum, les handicapant tout au long du reste de leur vie. Mais au fur et à mesure que les années passèrent, et que le Congo subit une deuxième guerre (1998-2003), et que les viols de masse fassent leur apparition, la clinique du Docteur Mukwege se transforme en "Clinique des Viols". Malheureusement, ces agressions sexuelles n'ont pas lieu seulement en période de guerre, mais continuent encore aujourd'hui : même si en 2015, le nombre de viols a légèrement diminué, depuis fin 2016, ces mêmes agressions sont en constante augmentation. Hormis ces crimes contre les femmes, le gynécologue congolais alerte également sur les droits fondamentaux dans son pays natal, le Congo, qui deviennent de plus en plus restreint. Il appelle également à "lutter pacifiquement contre le régime" imposé par le président Joseph Kabila.

NADIA MURAD, UNE ESCLAVE DÉNONCIATRICE

Elle n'a que vingt-cinq ans, et pourtant aura déjà connu le pire. Nadia Murad est une des grandes rescapées de Daesh. La jeune femme s'est fait enlevée en août 2014 par des hommes cagoulés, montés sur des pick-up surmontés du drapeau noir de l'Etat Islamique, alors auteur d'une percée fulgurante en Irak. Daesh aura tué des centaines de membres du peuple à Nadia Murad, les Yézidis d'Irak, et emmené de force des jeunes femmes afin d'assurer leur plaisir sexuel, et faire devenir aux plus jeunes des "enfants-soldats". Nadia Murad en faisait partie. Encore aujourd'hui, plus de 3000 jeunes femmes yézidie sont portées disparues, sans aucun doute encore captives entre les mains des hommes de Daesh. À Mossoul, officieuse capitale de l'État Islamique, Murad aura subi un calvaire durant plusieurs mois : torture, viols collectifs, vente de son corps sur le marché des esclaves. En effet, selon les hommes cagoulés, les Yézidis sont des hérétiques, qui pensent tout le contraire de leur religion. Comme beaucoup de femmes, Nadia Murad aura été mariée de force avec un djihadiste qui la battait tous les jours. Son impacabalité à "endurer tant de viols et de violence" l'aura conduit à s'enfuir de l'emprise de Daesh à l'aide d'une famille musulmane de Mossoul. A l'aide de faux papiers dégottés par ses soins, elle a réussi à gagner le Kurdistan Iranien avant de partir de ce lieu de carnage. Aujourd'hui, elle continue son combat afin que les persécutions que son peuple a subi en 2014 soient reconnues comme des génocides.

Un long combat qui est loin d'être fini : plusieurs milliers de femmes subissent des viols chaque jour, que ce soit sur des lieux de guerre ou dans des pays occidentaux, et beaucoup de ces jeunes femmes tombent sous les coups de leur conjoint ou mari.